In the dark (part. 1)

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           Ichigo Kurosaki marchait dans les rues de Tokyo en se forçant à tenir un rythme raisonnable et à affaisser ses épaules comme le faisaient tous les humains. La nuit était tombée depuis plus d'une heure à présent et pourtant, les rues étaient toujours aussi pleines. L'orangé avait pensé pouvoir être tranquille en partant aussi tard de l'hôpital dans lequel il travaillait, mais apparemment il s'était lourdement trompé. Il pesta dans sa barbe en se rappelant que cette période de l'année était très prisée, aussi bien par les japonais que les touristes venus du monde entier. Le temps passait étrangement vite et Ichigo ne s'était même pas rendu compte que avril venait de pointer le bout de son nez. Intentionnellement, il remit convenablement la lanière de sa sacoche sur son épaule droite. C'était loin d'être un geste naturel pour lui, mais il était nécessaire qu'il le fasse s'il voulait se fondre dans la masse d'humains. L'homme éternellement jeune poussa un faux soupir, avant d'accélérer légèrement le pas. Il commençait à avoir soif et le bruit des poches de sang dans son sac ne l'aidait pas à le calmer. Il laissa un fin sourire étirer ses lèvres lorsqu'il remarqua qu'il était bientôt arriver dans la rue de l'appartement qu'il partageait avec son meilleur ami, Chad.
 
           Soudain, quelqu'un lui rentra, littéralement dans l'épaule. Bien trop pressé de pouvoir enfin étancher sa soif, Ichigo ne l'avait pas vu arriver et n'avait pas pu l'esquiver. Réactif à cette agression, il tourna vivement sa tête et poussa un grognement bestial à l'attention de l'homme qui l'avait poussé et qui continuait son chemin, sans se poser la moindre question. Habituellement, l'orangé aurait lui aussi poursuivit sa route sans accorder plus de son temps à ce genre d'humain. Cependant et malheureusement pour ce brun, il avait soif et donc l'idée de débarrasser la planète de quelqu'un d'aussi grossier ne le dérangeait réellement pas. L'homme d'une quarantaine d'années s'arrêta brusquement et se retourna, le téléphone toujours contre son oreille et il lança un regard noir en direction de Ichigo. Tout en lui respirait la méchanceté et son ego était à coup sûr surdimensionné, cela se voyait à son menton bien trop remonté. La colère de l'immortel monta d'un cran ; ses canines caressaient à présent sa lèvre inférieure et tout ce qu'elles souhaitaient, c'était sortir et mordre la fine peau de sa jugulaire. L'envie grandit en l'orangé et il sentit sa gorge s'assécher. Ce n'était pas bon. Rapidement, le médecin se détourna et mordit violemment son poing pour contenir toutes ses pulsions meurtrières.
 
« Non, rien, juste un type bizarre dans la rue. Ouais, tous des débiles. Hm, du coup, tu me disais ? »
 
           Ichigo grogna à nouveau et affirma sa prise sur son poing, son propre sang coulait à flot le long de sa gorge, un horrible goût de fer se répandit dans sa bouche et il ne put que grimacer. Son sang était infecte, mais il valait mieux qu'il boive le sien que celui de l'humain, pour leur bien à tous les deux. L'orangé accéléra le pas tout en baissant la tête, tentant de ne pas attirer l'attention et surtout de ne pas paraître paniqué. Si jamais il croisait un ennemi, il était fichu, il était loin d'être en état de se battre. Vivement, il sortit un mouchoir en tissu de son blouson et l'appliqua sur son poing, cachant sa blessure, qui déjà, commençait à se refermer. Intérieurement, il espérait que ses yeux devenus rouges suite à sa perte de contrôle reprenaient leur couleur initiale ; un beau marron-noisette.
 
           L'immortel fit semblant de soupirer de soulagement en constatant qu'il arrivait enfin devant son appartement. Tremblant, il saisit le porte clefs qui se trouvait dans la poche gauche de son manteau et ouvrit la porte d'entrée. Il la ferma derrière lui en un violent coup de pied, puis, avec sa vitesse surhumaine, il fonça en direction du micro-ondes. Toujours aussi tremblant qu'un drogué en manque, il saisit l'une des poches de sang qui se trouvait dans son sac et la plaça sur la plaque en verre, avant de la faire chauffer. Les trente secondes suivantes furent les plus longues de toute sa vie. La vibration du micro-ondes lui donnait mal à la tête et c'était sans parler de sa gorge si sèche qu'il souhaitait l'arracher de son corps pour tout simplement ne plus subir cette douleur. Il avait été idiot, il avait attendu trop longtemps pour se rassasier et maintenant il était sur le point de craquer. Heureusement qu'il n'était plus un nouveau-né depuis bien longtemps, autrement, l'homme qui l'avait percuté ne serait plus envie à l'heure actuelle.
 
           Un bruit strident et aigu s'échappa de l'appareil, informant Ichigo que le réchauffage de la poche de sang était terminé. Sans attendre, il utilisa sa vitesse surnaturelle pour la saisir et la mordre à l'aide de ses canines. Cela ne valait pas le sang qui était directement aspiré d'un humain, malgré tout, le micro-ondes permettait de chauffer le liquide rouge, lui donnant un peu plus de saveur. Ce n'était définitivement pas aussi bon et la satisfaction, entre aspirer la vie d'un humain en buvant son sang et simplement s'hydrater à l'aide d'une poche de sang. Malheureusement, c'était la vie du Kurosaki, il ne l'avait pas choisi, mais cela n'en restait pas moins la sienne. En sentant enfin le doux nectar parcourir sa gorge, l'immortel poussa un gémissement de bonheur tout en fermant les yeux à cause du plaisir. Il but sa collation jusqu'à la dernière goutte avant de jeter la poche dans la poubelle presque pleine. En poussant un faux soupir, il s'étira et il lui suffit d'un simple coup d'½il en direction de son téléphone portable pour savoir qu'il était temps pour lui de se mettre au travail. L'orangé était médecin à la National Medical Clinic, mais ce n'était pas sa principale occupation, loin de là.
 
           Ichigo se changea rapidement et troqua les vêtements qu'il avait porté toute la journée contre des habits d'un noir profond. Avant de sortir de son appartement, il enfila un long et chaud manteau, pour ne pas attirer le regard des passants, les nuits étant encore fraîches, même à cette période de l'année. Il glissa les mains dans ses grandes poches, tout en déposant les clefs de la porte d'entrée dans celle de droite. Le bel homme aux yeux noisette était irrité, il n'était pas resté longtemps dans l'appartement, mais il n'avait pas croisé Chad pour autant. Il aimait bien son colocataire et était déçu de ne pas avoir pu échanger quelques mots avec lui avant d'aller faire des rondes dans les rues de Tokyo. Ce travail non plus, il ne l'avait pas choisi, c'était à se demander s'il était maître de sa vie.
 
           Sans le moindre bruit, l'immortel traversa les rues de la métropole japonaise. Bien évidemment Ichigo aimait cette ville, il n'était pas né ici, mais il était d'origine japonaise, donc c'était toujours à beaucoup d'émotions qu'il foulait de ses pieds ce pays dont il avait vu les hauts et les bas. Malgré tout, pour son travail nocturne, il préférait de loin d'anciennes villes comme Paris par exemple. En effet, dans la capitale française, les constructions faisaient toutes à peu près la même taille, lui permettant ainsi de faire sa ronde sur le toit des bâtiments et donc d'avoir une meilleure vue sur ce qu'il se passait. Ce n'était pas le cas pour Tokyo dont les grattes ciels étaient aussi semblables que disparates. L'orangé se concentra sur ses sens tout en continuant de parcourir les larges rues de la capitale. Son ouïe était à la recherche du moindre cris de détresse tandis que son odorat était à l'affût de la moindre effluve de sang. Pour le moment, les rues sombres de Tokyo étaient très calmes, néanmoins, Ichigo savait que cela ne durerait pas, cela ne durait jamais. La paix ne durait jamais, pas quand il en venait aux hommes, il l'avait constaté à des milliers de reprises tout le long de son éternelle existence.
 
           Sans qu'il ne le fasse exprès, ses épaules s'affaissèrent et son visage se déforma à cause de la tristesse qui parcourait chaque parcelle de son corps. Il aurait pu être étonné de son comportement, s'il n'avait pas à ce point coulé dans ses propres pensées. Soudain, un cri déchirant fut poussé et l'air devint plus lourd. Le médecin fronça les sourcils et se concentra pour savoir d'où venait cet appel à l'aide. Malheureusement, il n'y arriva pas, il ne sentait pas de sang et c'était le meilleure moyen de localiser quelqu'un, au vue de sa nature. L'immortel commença à courir, à un rythme raisonnable, dans les rues de Tokyo, à la recherche de ce qu'il savait être une femme. Tout en courant, il se souvint qu'il devait respirer comme un humain ; inspiration, courte expiration suivie d'une autre courte expiration pour ne pas avoir de point de côté. De plus, il balança ses bras d'avant en arrière, les coudes repliés. Il lui avait fallu des années pour savoir parfaitement imité la course à pieds et de longues et pénibles heures passées dans les parcs, à observer les humains faire leur jogging.
 
           Soudain, il stoppa sa course. Elle était là. Comprenant qu'il avait été trop loin, l'orangé fit demi tour et discrètement, jeta un coup de d'½il à la ruelle qu'il avait dépassé. Il put clairement voir une jeune femme collée contre le mur d'un immeuble, les larmes aux yeux alors que des murmures de supplication s'échappaient de ses lèvres. Ichigo n'était pas un loup-garou, malgré tout, il savait qu'elle sentait la peur et ce, à des kilomètres à la ronde. Il ne se sentit pas le moindre du monde soulagé en voyant qu'elle n'avait pas été blessée, cependant, il fronça les sourcils en voyant ce qui se tenait au-dessus d'elle, menaçant. Un manticore. Ce n'était pas exactement celui décrit dans les mythes et les légendes, néanmoins, c'était connu : il y avait toujours une part de vérité dans les contes. Sa tête était celle d'un homme âgé d'une quarantaine d'années, son corps n'était pas celui d'un lion, mais bel et bien humanoïde. Au contraire de cette queue de scorpion qui bougeait de gauche à droite, à la manière de celle du chat en pleine chasse. Et ce manticore était définitivement en pleine chasse.
 
           Ichigo grogna. Il n'aimait pas se battre contre les manticores. Ils étaient connus pour leur violence et leur piqûre mortelle, que cela soit pour les humains ou pour les créatures surnaturelles. L'immortel aurait aimé pouvoir tourner la tête, faire comme s'il n'avait rien vu et partir d'ici temps qu'il le pouvait encore. Malheureusement, cela n'était pas possible, il se devait d'aider cette femme. Sans un bruit, il s'agrippa contre les rebords des fenêtres ou balcons et escalada le bâtiment qui donnait sur la ruelle. S'il voulait prendre son ennemi par surprise, il devait prendre de la hauteur. Il ne lui fallut que quelques secondes pour arriver tout en haut et fut satisfait de la vue que cela lui donnait. Le manticore n'était pas encore prêt à tuer sa victime puisqu'il ne l'avait pas encore piqué. Ces bêtes avaient un rituel concernant leur meurtre, elles s'y tenaient toujours, à part en cas de force majeur. Un malsain sourire naquit sur les lèvres de l'orangé lorsqu'une idée lui vint en tête, il allait le faire souffrir. Ichigo n'avait pas tué depuis la veille, mais une forte envie de meurtre parcourait ses veines. Il était dans sa nature de tuer et même s'il ne s'attaquait plus aux humains depuis de nombreuses années, ses pulsions meurtrières n'avaient pas disparu pour autant et elles ne le feraient certainement jamais.
 
           Sans plus attendre, il s'élança du toit et tendit les bras en l'air comme le ferait un humain avant de s'écraser contre le manticore, les pieds en avant. Ce dernier tomba lourdement et roula pendant quelques secondes, tandis que l'orangé contrôla à la perfection sa réception. Sans lâcher du regard le danger, il prit la parole, s'adressant à la jeune femme, derrière lui et toujours aussi tremblante.
 
« Vous allez bien mademoiselle ?
-Je, qui, qui êtes-vous ? Demanda une douce voix brisée par la peur et la tristesse.
-Rien qu'un passant qui s'inquiétait pour vous. Rentrez maintenant, toutes les rues de Tokyo ne sont pas sûres, une fois la nuit tombée, lui ordonna avec détachement le plus vieux, comme s'il avait appris son discours par c½ur.
-Vous, vous êtes certain que vous allez pouvoir battre cette chose, c'est, c'est un-
-Monstre, je sais. »
 
           Tout en répondant, l'immortel se tourna vers la jeune femme et tomba sur de magnifiques iris grises. Il en avait vu des pupilles le long de sa vie, mais c'était bien la première fois qu'il en voyait d'une si forte intensité. Cela en était presque électrisant. Son visage était doux et de longs cheveux auburn l'encadraient. Elle était jolie et cela, il ne pouvait le nier.
 
« Ne vous inquiétez pas pour moi mademoiselle. Maintenant partez, je dois pas être distrait si je veux le battre. »
 
           L'attention de Ichigo se porta à nouveau sur son adversaire, prêt à parer la moindre attaque de la bête qui déjà, se relevait. Il entendit le rythme cardiaque de l'humaine s'affoler et il pourrait parier qu'elle rougissait suite à ses paroles. Un fin sourire étira ses lèvres, elles étaient toutes les mêmes. Quelques secondes supplémentaires passèrent, avant que la faible voix de la jeune femme retentissent à nouveau :
 
« Merci, merci beaucoup. Vous êtes mon héro. »
 
           L'orangé put la sentir s'approcher de lui, tendre le bras et frôler la manche droite de son manteau. Le jeune homme aux yeux noisette ne bougea pas d'un centimètre, attendant de voir ce qu'allait faire la victime du manticore. Cependant, elle arrêta soudainement son geste et s'enfuit, en courant. L'immortel ne put retenir son éternel faux soupir de briser la barrière de ses lèvres. Était-il soulagé ou au contraire frustré ? Il n'en savait rien, mais s'il avait bien conscience de quelque chose, c'est qu'il loin d'être un héro. Les héros n'existaient pas et certainement pas ceux dans son genre.
 
« Toi, un héro ? Si seulement cette humaine savait quelle était ta vraie nature, gloussa le manticore, confirmant à voix haute ce qu'il pensait tout bas. Ces cheveux oranges, cet air grognon, ces habits et en plus vampire slash super-héro à ses heures perdues tu ne peux être que Kurosaki Ichigo, poursuivit le monstre en un sourire mesquin.
-Démasqué si rapidement, je pourrais presque en être déçu. Pourquoi souris-tu, manticore ? Tu devrais plutôt avoir peur de moi, tu me connais, tu sais donc ce qui va devenir de toi.
-Pas si je te tues, rugit le brun et il était tant en colère que ses membres en tremblaient.
-Quelle assurance. »
 
           Le peu de patience que possédait la bête se brisa et il se jeta sur Ichigo, aiguillon en avant dans le seul but de le tuer. Heureusement pour le plus vieux, il était tombé sur un manticore idiot au plus haut point qui laissa sa peur et sa colère le guider. Il ne savait pas en faire une force et il ressemblait plus à un être possédé qu'autre chose. Le combat avait à peine commencé qu'il était déjà fini, ce qui était des plus décevants. L'orangé l'esquiva avec une facilité déconcertante et saisit sa queue, avant de la briser et de l'arracher avec sa force surhumaine. Le manticore poussa un hurlement déchirant tout en s'écroulant minablement sur le béton. Le suceur de sang s'accroupit au-dessus de son ennemi, un sourire victorieux étirant ses fines lèvres. Le brun se vidait lentement de son sang et sans comprendre pourquoi Ichigo espérait qu'il souffrait.
 
« Tu n'es qu'une honte pour ton espèce, Kurosaki Ichigo, l'insulta le monstre, la respiration saccadé et le visage tordu sous la douleur. Trahir tes semblables pour les humains. J'espère que tu ne trouveras jamais le repos éternel pour ce que tu as fait.
-Tu ne sais rien manticore, tu ne me connais pas. De toute façon, le repos éternel n'existe pas, pas pour les humains et encore moins pour nous, contre attaqua le jeune homme en se relevant. Une dernière volonté ?
-Va en enfer. »
 
           Le brun lui cracha littéralement dessus avant de le regarder haineusement. Sans un mot de plus et nullement gêné par ce que sa victime venait de faire, l'orangé leva son pied au-dessus de la tête du manticore et lui fracassa le crâne. Le sang s'écoula sur le béton, tandis que des morceaux de sa cervelle avait volé jusque sur le mur voisin. L'immortel en avait très certainement sur lui, mais les vêtements noirs camouflaient le rouge écarlate à la perfection. Dans le silence, Ichigo saisit son cellulaire qui se trouvait dans sa poche droite de jeans et composa le numéro qu'il connaissait par c½ur.
 
« Kurosaki, décrocha une fois grave, dont un certain mépris se faisait ressentir.
-Oh, tu as fini par enregistrer mon numéro finalement ! Se réjouit l'orangé et il put entendre un soupir à l'autre bout du combiner.
-Quoi et où ? Demanda l'homme au téléphone et le plus vieux savait qu'il cherchait un stylo, un papier et était seulement prêt à écrire une fois qu'il avait remonté ses lunettes.
-Manticore, 162-0804, Tokyo-to, Shinjuku-ku, Nakazatocho.
-Parfait, une équipe arrive dans quelques minutes.
-Je m'éclipse. À la prochaine, Uryu.
-C'est Ishida pour toi. Ouais, c'est ça Kurosaki. »
 
           Sans un mot de plus, l'humain raccrocha et l'immortel rangea son portable dans la poche de son manteau. Uryu Ishida était un nettoyeur. Ce n'était pas une qualification très gratifiante, mais elle était très utile. Les nettoyeurs intervenaient à chaque fois qu'une créature de la nuit mourait, que cela soit de façon naturelle ou non. C'était un moyen de garder leur existence secrète, les nettoyeurs étaient appelés lors des combats entre créatures de la nuit motivés par l'argent ou par ranc½ur, pour les décès, mais aussi quand une bête était atteinte de démence et menaçait toute la communauté ou lorsqu'elle commettait un meurtre. Des siècles auparavant, les nettoyeurs n'étaient pas nombreux, mais avec l'avancement des technologies dans le domaine policier ils étaient devenus indispensables. Les nettoyeurs, au contraire des chasseurs, n'étaient pas tous humains et ne vouaient pas une haine envers les créatures de la nuit. Dans cet association tous semblaient marcher main dans la main : humains, vampires, loup-garous, fées, manticores, goules et même sorcières. Cependant, tout n'était que de la poudre aux yeux, les vampires et les loups-garous se détestaient, les sorcières punissaient toutes les autres créatures pour leur atrocité, un peu comme lui, maintenant. C'était sans parler des chasseurs qui les massacraient un par un et ce depuis la nuit des temps.
 
           L'orangé connaissait Uryu depuis qu'il était né, en effet, il était bon ami avec son grand-père Sôken Ishida qui lui aussi était un nettoyeur basé sur Tokyo. Malgré le fait qu'il changeait de ville voire de pays tous les cinq ans, Ichigo avait entretenu une vraie amitié avec Sôken. Ce n'était pas vraiment le cas avec Uryu, ce dernier était bien trop psychorigide pour le jeune homme aux iris noisette et leurs forts caractères se rencontraient en de violentes étincelles. Néanmoins, ils s'appréciaient beaucoup et l'immortel savait qu'il pouvait compter sur lui s'il avait le moindre problème.
 
           Ne souhaitant pas s'éterniser ici plus longtemps, au cas où les policiers décideraient de venir faire un tour, Ichigo commença à s'éloigner. La nuit ne faisait que commencer et cette victime n'en était qu'une parmi des dizaines d'autres. Soudain, il se retourna, pour regarder une dernière fois ce qu'il fut un jour un manticore, avant que son cerveau se retrouve exploser contre le sol et les murs.
 
« Dommage pour toi, j'y suis déjà. »
 
*
 
           L'orangé marchait à un rythme soutenu dans les rues déjà pleines de monde à cette heure pourtant matinale. Le feu passa au rouge et alors que les voitures et taxis affluaient quelques secondes auparavant, c'était à présent les piétons qui traversaient en masse la route. Des dizaines d'effluves différentes agressaient le nez de Ichigo, le faisant tousser. Sans attendre, il arrêta de faire semblant de respirer et continua son chemin. Ses pouvoirs étaient moins puissants en journée, à cause des rayons du soleil, cependant, il y avait tellement de monde qu'il était difficile de ne pas se faire assaillir par les centaines de parfums tous différents les uns des autres. L'immortel atteignit enfin la bouche du métro et descendit les marches, suivant la masse, tel un mouton. Il monta dans le métro et s'accrocha à la rambarde métallique jusqu'à ce qu'il arrive à son arrêt. Pendant le trajet, Ichigo regarda avec attention les publicités qui passaient sur les écrans installés dans tous les wagons. Elles étaient plus loufoques les unes que les autres et même s'il était d'origine japonaise, il n'arrivait pas toujours à comprendre ce qui était censé être sa culture. Mais, avait-il une culture ou une nationalité à proprement parler ? Il avait vécu tant d'époque et dans des pays si opposés qu'il ne savait plus réellement.
 
           Le métro s'arrêta soudainement et en sursaut, le docteur comprit que c'était son arrêt. Il fendit la légère foule de tokyoïtes et sortit du métro. Il remonta ensuite à la surface et marcha encore pendant quelques minutes avant de se retrouver devant les portes de l'hôpital. Le suceur de sang se retint de pousser un soupir, puis entra sur son lieu de travail. Ce n'était pas qu'il n'aimait pas son métier, il n'avait simplement pas le choix. Il se devait de sauver des personnes, en sauver à la fois le jour et la nuit était le meilleur moyen pour que son quota de vies sauvées soit atteint. De plus, devoir travailler toute la journée avec des humains et parfois dans le sang lui permettait de repousser les pulsions meurtrières et d'apprendre à se mieux contrôler. Chad lui avait répété à plusieurs reprises qu'il jouait avec le feu, mais il n'en avait rien à faire, la prudence n'avait jamais été son point fort et cela ne le serait jamais.
 
           Il salua d'un geste de la main les secrétaires qui se trouvaient à l'accueil avant de prendre l'ascenseur pour rejoindre le quatrième étage, celui de la pédiatrie, celui où il travaillait. Il passa à nouveau devant un accueil, voyant que la secrétaire était occupée avec ce qu'il savait être une maman, il continua son chemin en direction de la salle de repos du service et qui comptait aussi les vestiaires. Cependant, il entendit une voix l'interpeller, lui faisant tourner légèrement la tête pour pouvoir apercevoir la petite femme derrière son grand bureau.
 
« Bonjour Kurosaki-sensei.
-Bonjour Momo-san, la salua-t-il en retour avant de reprendre sa route, ne souhaitant pas déranger plus longtemps la brunette.
-Oh, Kurosaki-sensei, l'interpella-t-elle une nouvelle fois avec empressement et l'orangé se retourna, l'interrogeant du regard, se demandant bien ce qu'elle allait lui demander. Kuchiki-sensei aurait besoin de votre expertise pour une patiente. Pouvez-vous la retrouver dès maintenant, chambre..., reprit-elle tout en cherchant dans tous ses papiers le numéro que sa supérieure avait dû lui donner quelques minutes plus tôt. Chambre quatre cent quarante-cinq.
-Bien, j'y vais de ce pas. Merci Momo-san. »
 
           Sans un mot de plus, il reprit la direction de la salle de repos pendant que la secrétaire se concentrait à nouveau sur la mère. Ichigo, en se changeant, se demanda ce que lui voulait Rukia. Cette dernière ne lui demandait jamais de l'aide, pas parce qu'elle était fière ou psychorigide, ces deux défauts ne devaient absolument pas rentrer en compte quand il était question de la vie d'un patient et surtout d'un enfant. C'était simplement qu'elle était un médecin douée et qu'il était rare qu'elle se retrouve dans un cul-de-sac. Ce fut pour cette raison que l'orangé se changea assez rapidement et la rejoignit sans attendre dans la chambre quatre cent quarante-cinq. Sans même prendre la peine de toquer, l'immortel entra dans la pièce, pour tomber sur sa collègue et sur une petite fille âgée de sept ans tout au plus.
 
           Il ne lui fallut que quelques secondes pour reconnaître qui était la petite aux cheveux verts, allongée sur le lit et recouverte des couvertures blanches. C'était Neliel Tu Oderschvank, elle avait été hospitalisée ici à ses quatre ans pour une leucémie. Le traitement avait été long et pénible pour la fillette, mais récemment, cela allait mieux, si bien qu'ils pensaient tous que le traitement avait fonctionné et qu'elle était enfin guérie. Sa présence et le regard de Rukia lui montrait que c'était loin d'être le cas. La petite avait fait une rechute et c'était très, très mauvais. Ichigo se concentra quelques secondes sur son flux sanguin, sa respiration et son corps en général grâce à ses sens bien plus développés que celui des humains ; ses sens de chasseurs. Il était évident que Neliel ne survivrait pas, cette rechute allait lui être fatale, il en était certain.
 
« Kurosaki-sensei, vous êtes ici vous aussi ! »
 
           L'exclamation de la petite fille le sortit de ses pensées et sans rien laisser paraître, l'orangé avança dans la chambre, salua sa collègue puis s'approcha du lit. Comme à son habitude, elle pétillait de joie et l'immortel trouvait cela injuste qu'une personne comme elle quitte ce monde à un si jeune âge. Même s'il voulait qu'elle guérisse plus que tout au monde, le docteur n'avait pas le droit de se fourvoyer ; il ne pouvait rien pour elle.
 
« Comment vas-tu Neliel-kun ? Lui demanda le plus vieux en s'asseyant à ses côtés, cachant son air soucieux du mieux qu'il le pouvait.
-Un peu fatiguée, j'ai hâte de rentrer à la maison, quand est-ce que je pourrais Kurosak-sensei ? »
 
           Un sourire prit possession de ses lèvres à la seconde où elle posa sa question. Elle était magnifique lorsqu'elle souriait, cependant, les cernes qui habitaient le dessous de ses yeux et ses traits tirés par la fatigue prouvaient qu'elle était loin d'être en bonne santé. Que pouvait-il bien lui dire ? Ce n'était encore qu'une enfant, elle n'était pas prête pour la vérité. Il fallait absolument qu'il voit ses parents.
 
« Ça, Neliel-kun, je n'en ai aucune idée, lui répondit l'orangé en se forçant à lui offrir un sourire, sourire qui ne remonta pas jusqu'à ses yeux. Je vais parler un petit peu avec Kuchiki-sensei, tu veux regarder la télé en attendant ? Lui proposa-t-il ensuite, la voix légèrement tremblante et il se racla la gorge pour se reprendre.
-Oh oui. La chaîne de dessin animé Kurosaki-sensei s'il vous plaît. »
 
           Sans un mot de plus, l'immortel s'exécuta et sortit ensuite de la pièce, après avoir échangé un regard entendu avec sa collègue. Une fois qu'ils furent certains que la porte était bien fermée et qu'ils s'étaient suffisamment éloignés pour qu'elle n'entende rien, ils furent prêt à discuter. Rukia était mal à l'aise et elle avait cette expression qui se dessinait sur son visage, quelque chose que Ichigo voyait très souvent chez les humains, mais qu'il ne ressentait que très rarement. La tristesse. Il aurait aimé pouvoir la rassurer, il aurait aimé pouvoir lui dire que tout allait bien aller, sauf que cela serait mentir. Non, tout n'allait pas s'arranger, oui, la petite allait mourir et ils ne pouvaient rien y faire, même avec la meilleure des volontés.
 
« Tu en penses quoi toi, Ichigo-san ? Demanda doucement sa collègue brune en relevant la tête et en le regardant avec espoir, bien évidemment qu'elle s'était attachée à cette petite après toutes ses années.
-S'il-te-plaît Rukia-san, ne te fais pas plus de mal, lui conseilla-t-il en posant une douce main contre son épaule pour la réconforter.
-Combien de temps tu penses ? Questionna-t-elle à nouveau en abattant sa main contre sa bouche tandis que ses yeux se remplissaient d'eau salée.
-Je ne sais pas vraiment. »
 
           L'orangé préférait rester évasif. Bien évidemment il savait combien de temps il restait à Neliel. Il lui donnait trois mois, six mois grand maximum. Il l'avait très bien senti grâce à ses pouvoirs surnaturels, mais il ne pouvait pas dire cela à sa collègue, pas alors qu'il avait aperçu la patiente pendant cinq minutes et qu'il n'avait pas regardé les résultats des derniers examens.
 
« Tu veux que je préviennes ses parents à ta place ? Lui proposa l'immortel en comprenant à quel point elle était affectée par l'état de santé de la petite.
-Non, non, refusa Rukia en secouant la tête avec vigueur. Je vais le faire, je la suis depuis toutes ces années je leur dois bien cela.
-Bien, si jamais tu as besoin surtout-
-Merci Ichigo-san, mais ça va aller, vraiment, le coupa-t-elle en lui offrant un faux sourire ses perles violettes toujours aussi pleines d'eau. Allez, retourne au travail gros fainéant. »
 
           Le jeune homme ne répondit rien et se contenta de légèrement sourire. Il savait qu'il aurait dû contre attaquer, comme il avait pris l'habitude de le faire avec elle, mais aujourd'hui, il n'en avait pas envie. Le suceur de sang finit par se détourner pour prendre le chemin du bureau d'accueil et de voir auprès de Momo-san les patients dont il devait s'occuper aujourd'hui. Ichigo n'était pas du genre à s'attacher à ses patients, même si leur bouille d'enfant pouvait parfois le faire fondre. Cependant, après la nouvelle qu'il avait reçu ce matin, son c½ur qu'il pensait être de pierre pesait bien lourd dans sa poitrine.
 
*
 
« Tu es certain que tu n'as pas envie de sortir ? »
 
           Ichigo poussa un long et faux soupir en regardant son ami droit dans les yeux. Il ne savait pas ce qu'il se passait, mais depuis quelques mois, Chad s'était ouvert et lui proposait régulièrement de sortir, de s'amuser et par la même occasion, de boire. Lorsqu'il l'avait rencontré il y a quatre-vingt-trois ans pour être exact, Chad était un vampire d'une discrétion impressionnante. Il ne disait jamais un mot de trop et restait le plus loin possible du moindre contact avec une autre personne, qu'elle soit humaine ou surnaturelle. Alors le changement était radical et surtout très rapide.
 
« Qu'est-ce que tu as en ce moment Chad ? Demanda sans détour l'orangé, les sourcils froncés.
-Rien.
-Arrête, je te connais depuis longtemps maintenant. Ça fait des mois que je te suis sans rien broncher, on dirait un ado, alors dis-moi ce qui se passe dans ta vie, répliqua-t-il plus froidement qu'il ne l'aurait voulu et son ami basané passa une main tremblante dans ses cheveux.
-Tu sais très bien ce que je veux Ichigo, tout ce que je veux c'est être humain à nouveau. »
 
           L'immortel fronça les sourcils et grimaça. Ce fut ensuite à son tour passer une main dans ses cheveux oranges, au contraire de son ami, il n'était pas gêné, il était fou de colère. C'était quelque chose qu'il avait toujours détesté chez Chad : son amour pour les humains. Le vampire d'origine mexicaine n'avait pas commis la moitié des atrocités que Ichigo avait commis. Pas parce qu'il était plus jeune de quelques siècles, mais parce qu'il s'était accroché à quelque chose que l'orangé avait abandonné depuis bien longtemps : son humanité. Le médecin ne se considérait plus comme un humain depuis bien longtemps, depuis la seconde où il avait été transformé et avait accepté le monstre qu'il était. Chad, même s'il aimait garder ses distances avec les humains, adorait les regarder, les observer et même copier leur manière de vivre. En plus de ne pas comprendre cette envie de devenir humain, le jeune homme savait que c'était totalement impossible pour eux, les créatures de la nuit et souhaiter ce genre de chose n'apporterait que souffrance au pauvre Chad.
 
           Ichigo ouvrit la bouche, prêt à crier sur son ami à quel point il pouvait être idiot, à quel point son rêve était impossible parce qu'il était programmé pour tuer ceux qu'il aimait tant. Cependant, il ne put s'y résoudre, pas en voyant la triste expression sur le visage de celui qui le supportait depuis quatre-vingt-trois ans. Le brun était quelqu'un de bien, Chad était naturellement bon et devenir un suceur de sang était une malédiction pour quelqu'un comme lui.
 
« Bien, sortons, capitula le plus vieux en soupirant faussement et un sourire naquit sur le beau visage du métis. Mais oublie pas, tu es un vampire, pas un humain, ne te berce pas d'illusions. »
 
           Son ami ouvrit la bouche pour lui répondre, mais Ichigo leva la main, lui faisant comprendre qu'il ne voulait pas en entendre plus et certainement pas quelque chose comme « merci ». Agacé, il glissa ses mains dans ses poches avant de se diriger vers la porte d'entrée de leur appartement. Il saisit vivement son léger manteau, les températures étant à présent raisonnables et s'apprêta à sortir lorsqu'il remarqua que Chad était toujours au même endroit et n'avait pas bougé d'un pouce.
 
« Bon, on sort ? »
           
           La question sèche de l'orangé raisonna dans l'appartement et alors que le brun semblait reprendre contact avec la réalité, il s'approcha de son ami, un léger ricanement moqueur s'échappant de ses lèvres qui énerva un peu plus le docteur. Malgré tout, il ne put s'empêcher de sourire à son tour, le mexicain restait son meilleur ami, envers et contre tout. Il lui devait beaucoup, Chad l'avait sauvé alors qu'il était au bord de la mort et sans lui, il ne serait plus là aujourd'hui. Il ne pourrait jamais assez le remercier et tout ce qu'il pouvait faire en compensation, c'était le protéger du mieux qu'il le pouvait. Alors il l'accompagnerait à son bar préféré et ferait tout ce qui était en son pouvoir pour rendre cette soirée agréable pour lui.
 
           Comme à son habitude, ce fut en grognant que Kurosaki entra dans le bar, accompagné de son fidèle ami. Il pleuvait des cordes dehors et ils étaient à présent trempés jusqu'aux os. Ichigo ne se retint pas et accusa ouvertement Chad comme responsable de cette gêne, après tout, s'il n'avait pas pris la décision de sortir, rien de cela ne serait arrivé. Rodé, le plus jeune ne répondit rien et contenta de s'asseoir à l'une des dernières tables encore libres car il y avait beaucoup de monde dans le bar et bien plus qu'à l'accoutumé. L'orangé savait que c'était à cause de la pluie, quelques japonnais avaient dû se faire surprendre et avaient par conséquent cherché refuge et l'avaient trouvé ici. Et bien évidemment, ils avaient commandé quelque chose par pure politesse.
 
« C'est bondé. »
 
           Le mouvement de bouche caractéristique d'un soupir lui arriva aux oreilles et le docteur se tourna vers lui inquiet. Chad aimait ce bar parce qu'il était habituellement calme. Même s'il adorait observer les humains, il n'aimait pas en être entouré. Malgré son humanité, il restait un vampire assez jeune, avec ses quatre-vingt-dix ans, il n'était encore qu'un bébé comparé à lui ou à d'autres vampires. En moyenne, un suceur de sang n'était plus considéré comme un nouveau-né après dix ans de vie, car il n'était pas si simple que cela de contrôler sa soif et donc de ne pas tuer le moindre premier humain qui croise son regard. Chad était le seul vampire que le docteur avait eu l'honneur de croiser et qui avait succombé au plaisir du sang frais une seule fois. Yuichi Shibata était le nom de son unique victime.
 
« Ça va aller ? »
 
           Sa question resta suspendue dans l'air pendant un long moment et il ne put qu'être plus inquiet pour son ami. Aucun humain était dans la capacité de le voir, mais le brun commençait à trembler et ses muscles étaient contractés, comme s'il se retenait de bouger et Ichigo pouvait parfaitement le percevoir, même avec une table les séparant. Alors que le basané allait se lever, le plus vieux réagit en utilisant sa vitesse surnaturelle et saisit avec force son poignet sans faire le moindre bruit, ne souhaitant pas alerter un autre client. Son geste arrêta celui du mexicain. Ils se regardèrent avec attention, tentant de savoir comment l'autre allait réagir. Les prunelles de Chad n'était pas encore rouge sang donc il était encore maître de lui, néanmoins, Kurosaki préférait rester prudent.
 
« Chad, ça va ? Questionna-t-il à nouveau et le plus jeune sembla reprendre contact avec la réalité.
-Oui oui, désolé, c'est juste que, que c'est vraiment plein de monde. »
 
           L'autre immortel paraissait encore à cran, puisqu'il regardait frénétiquement à gauche et à droit avant de baisser la tête en direction de la table et de se gratter les cheveux. Pour autant, l'orangé décida de lâcher sa prise. Son ami ne tremblait plus et il semblait tout de même serein. De toute façon, il pourrait réagir en conséquence si jamais il voyait que le mexicain perdait le contrôle. La serveuse arriva rapidement et prit leur commande, les deux suceurs de sang prirent une bière chacun et attendirent leur verre en discutant tranquillement. Boire n'était pas un problème pour eux, cela ne leur faisait aucun effet car une fois l'alcool dans leur sang, il était immédiatement détruit par ce que les humains pourraient appeler des anti-corps. Ils ne ressentaient donc jamais l'ivresse. Leur boisson finit par arriver, les deux immortels saisirent leur verre, trinquèrent et en burent une longue gorgée.
 
« Alors ce travail de nuit ? Questionna subtilement le brun en un léger sourire.
-Comme d'habitude, j'ai été confronté à trois manticores le mois dernier, c'est étonnant, surtout que j'en ai croisé aucun depuis le début du mois.
-Tu penses que tu les as effrayé ? Demanda à nouveau Chad en gloussant légèrement. Ça ne serait pas étonnant, tu fais pas mal de tri à chacun de tes passages.
-C'est vrai, acquiesça l'orangé en souriant à son tour. Mais je ne suis pas le seul qu'on craint, les chasseurs font fuir pas mal de monde.
-À la différence que tu ne punis que ceux qui tuent les humains, les chasseurs nous chasse à cause de notre nature, pas de nos actes. En y réfléchissant, tu ressembles un peu aux sorcières, insinua le basané et il rigola en voyant la tête déconfite de son ami.
-Tu sais bien que si j'avais le choix, je serais dans un magnifique chalet dans les Alpes et je passerais mes journées à skier ou à faire des ballades. Je ne m'amuserais certainement pas à jouer les justiciers dans Tokyo, fit semblant de soupirer Ichigo, las, tout en reprenant une gorgée de bière.
-Mais tu n'as pas le choix. Tu sais combien de personnes il te reste encore à sauver avant d'être affranchi de ta dette ?
-Aucune idée, ça fait déjà quatre-vingt-trois ans que je fais cela. Je me demande si je vais en finir un jour... si seulement je n'avais pas tué tant d'humains et ce des siècles durant.
-Ça, je ne te le fais pas dire, mais au moins aujourd'hui, tu marches sur le droit chemin. En plus, il le faudra bien un jour si tu ne veux pas mourir dans d'atroce souffrance, ajouta le mexicain en passant une main dans ses cheveux.
-Merci de me rappeler ma future mort, ça fait toujours plaisir. »
 
           Le grognement du docteur fit rire le plus jeune et Kurosaki le fit taire en une forte tape contre l'épaule. Un humain aurait volé à travers la pièce, Chad, au contraire, ne bougea pas d'un centimètre. Un silence s'en suivit, durant lequel des nombreux souvenirs lui revinrent en mémoire, des souvenirs qui dataient à présent de quatre-vingt-quatre ans.
 
           Ichigo n'avait pas choisi la vie qu'il menait. Comme il l'avait dit à son ami, il aurait préféré être dans un coin paisible à profiter de son immortalité. Cependant, dans la vie, il était impossible de faire tout ce que l'on désirait et cela, il en avait été témoin à plusieurs reprises. Auparavant, il était un puissant vampire, il était le parfait chasseur et tuait plus par plaisir que par réel besoin. Il avait su accumuler une grande richesse au fil des siècles et à gagner le respect de certains originels. Son charisme lui avait aussi permis d'influencer des personnages que l'histoire retenait comme étant particulièrement cruel. Thomas Thistlewood, Napoléon, Staline, Hitler en faisaient parti et il en passait des meilleurs.
 
           Malheureusement, ces belles années avaient abruptement pris fin en 1935. À cette époque, l'immortel se trouvait aux États-Unis. Ses relations avec les dictateurs de l'occident s'étaient dégradées et il avait préféré fuir loin, parce qu'il savait très bien que la guerre allait bientôt arriver. Il avait connu la première guerre mondiale et avait une longue expérience de vie, il avait donc appris lire entre les signes. Il se trouvait à New-York en 1935 et profitait de la « paix » américaine. Rien ne pouvait aller mieux dans sa petite vie, jusqu'à ce soir-là. L'orangé n'avait pas eu la chance de chasser depuis quelques jours et même si la soif ne se faisait pas encore ressentir, ses pulsions meurtrières elles, étaient bien présentes. Alors il se promenait dans les larges rues new-yorkaises à la recherche d'une proie, peu importait si elle était de sexe féminin ou masculin. Il ne souhaitait simplement pas s'attaquer à un enfant. Il avait enfin trouvé la victime idéale, un homme ivre, quand cette sorcière était apparue : Yoruichi Shihoin.
 
           Le suceur de sang était activement recherché par les chasseurs et par les sorcières, il en avait pleinement conscience, mais jusque lors, il avait toujours réussi à les éviter. Cependant, ce soir-là, lorsqu'il croisa les yeux couleur or de cette sorcière, il comprit que cela allait très mal se terminer pour lui. Et cela s'était, en effet, très mal terminé pour lui. Yoruichi n'était pas seule, elle était accompagnée de Kisuke Urahara et de Soi Fon ses deux plus fidèles et puissants partenaires, au contraire de Ichigo qui était bel et bien seul. Il avait d'abord tenté de s'enfuir mais s'était fait rapidement rattrapé et s'était retrouvé coincé entre ses trois grandes puissances du clan des sorcières. Il s'était battu contre eux comme si sa vie en dépendait (et cela était en réalité le cas), mais avait perdu. Il était vrai que Kurosaki était d'une grande puissance néanmoins, il était en infériorité numérique cette fois-là et rien n'avait pu le sauver.
 
           Encore aujourd'hui, il n'arrivait pas à comprendre pourquoi Yoruichi avait décidé de le laisser s'en aller. Alors qu'il allait être tué d'un coup de pieu en bois dans le c½ur par Soi Fon, la femme aux cheveux violets avait arrêté sa subordonnée. L'orangé était cloué par terre grâce aux exceptionnels pouvoirs de Kisuke, en plus d'être faible et enragé. Il avait observé la sorcière s'accroupir près de lui et il s'était juré que si elle s'approchait suffisamment de lui, il ferait tout pour boire son sang et ce, jusqu'à la dernière goutte.
 
« Tu as de la chance Kurosaki Ichigo, je me sens d'humeur clémente ce soir. »
 
Elle lui avait soufflé cette phrase, un sourire malicieux et supérieur accroché à ses lèvres et les yeux rouge sang de l'immortel s'étaient soudainement mis à briller d'une lueur meurtrière. Il allait la tuer et cela allait être un plaisir.
 
« Kurosaki Ichigo, je vais te retirer ton âme et pour la récupérer tu devras sauver le double de personnes que tu as tué tout le long de ton existence. Par ailleurs, tu n'auras pas le droit de tuer à nouveau, sinon notre petit marché sera annulé, tu comprends ?
-Sale sorcière, lui avait-il hurlé en réalisant tout ce que ce « marché » insinuait.
-Je ne pensais pas que tu t'abaisserais à ce genre de blague Kurosaki Ichigo. Ferme tes beaux yeux, quand tu te réveilleras, tu seras un nouvel homme... ou devras-je dire vampire ? »
 
           La seule chose dont il se souvenait ensuite c'était une douce voix qui murmurait une incantation puis le noir. L'orangé s'était réveillé quelques heures plus tard, le soleil se levait à New-York et une nouvelle journée avait commencé pour les new-yorkais. Au contraire, pour lui, c'était le début d'un long cauchemar qui débutait et Dieu seul savait à quel point il aurait préféré mourir cette nuit-là.
 
« Ichigo, ça va ? Demanda la voix inquiète du basané et le docteur reprit contact avec la réalité.
-Oui oui, ça va.
-T'étais vraiment parti loin. Tu pensais à quoi ?
-Yoruichi Shihoin, souffla le plus vieux avant de boire une longue gorgée de sa bière et Chad ouvrit la bouche pour lui répondre.
-Excusez-moi de vous déranger, interrompit une faible voix et les deux immortels se tournèrent dans sa direction. Je vous connais, n'est-ce pas ? »
 
           La jeune femme avait directement posé la question au « justicier » qui fronça les sourcils, confus. Il croisa le regard de Chad et ce dernier lu demandait clairement des explications, explications qu'il ne pouvait pas lui fournir. Son regard noisette se porta sur l'humaine qui se trouvait en face de lui. Ses sens en alerte, il tentait retrouver son visage dans ses souvenirs. Une longue chevelure auburn, des yeux gris envoûtants et un doux visage. Elle n'était ou n'avait pas été l'une de ses patientes, il en était certain, malgré tout, elle lui rappelait quelqu'un, mais qui ? L'orangé avait croisé des millions de visage ces derniers siècles et il était de plus en plus difficile pour lui de se rappeler de tous.
 
« Vous ne vous souvenez pas de moi ? Finit-elle par questionner au bout de quelques minutes et il pouvait sentir sa voix se briser.
-Je suis désolée mademoiselle, mais non, je ne vous reconnais pas. Vous pouvez me dire d'où on se connaît ?
-Je, c'est vous qui m'avez sauvé ce soir-là, contre l'affreuse bête. »
 
           Alors il l'avait sauvé d'une créature de la nuit ? Les sourcils toujours froncés, Ichigo se frotta le front, avant d'être traversé par une révélation. Mince, c'était celle qu'il avait aidé l'autre soir, contre le manticore ! C'était celle qui l'avait appelé « héro » ! Ce n'était vraiment pas bon, personne ne l'avait jamais reconnu jusque lors et il ne savait pas comment réagir. Désespéré, il lança un S.O.S à Chad qui réagit tout de suite :
 
« Vous devez vous tromper mademoiselle, mon ami n'est pas du tout le genre de personne à sauver une autre personne et encore moins contre « une affreuse bête », ricana le basané et Kurosaki lui lança un regard noir, il le faisait passer pour un monstre, mais n'était-ce pas ce qu'il était ?
-Vous êtes absolument certain ? Je reconnais vos cheveux et vos yeux perçants, reprit-elle en continuant de fixer le « justicier ».
-Je suis certain, si j'étais cette personne, je me souviendrais de vous, vous pouvez en être certaine, répondit froidement le jeune homme avant de boire une gorgée de son verre, lui montrant que la conversation était terminée.
-Je, d'accord, excusez-moi de vous avoir déranger et bonne soirée. »
 
           Après s'être légèrement courbée pour montrer à quel point elle était désolée, la belle s'en alla, le dos rond et la tête basse. Ichigo lui lança un discret coup d'½il, quelque peu coupable, avant de pousser un faux soupir et de boire une nouvelle gorgée. Il valait mieux que cela se termine de cette façon. Cette femme ne pouvait pas savoir que celui qu'elle qualifiait comme son héro était un vampire, cela lui ferait plus de mal que de bien.
 
« Tu aurais pu être plus doux, lui reprocha le mexicain et cela eut le don d'agacer le plus vieux.
-Et qu'est-ce que tu voulais que je lui dise monsieur je-sais-tout ? Répliqua-t-il sèchement en serrant avec force son verre.
-Je sais pas, mais tu aurais pu être plus gentil, tu lui as fait de la peine.
-Tu sais bien qu'être gentil ne fais pas parti de mes qualités et je préfère lui faire de la peine maintenant, tu penses pas que ça fait lui faire du mal si elle apprend que celui qu'elle admire est un vampire ?
-Tout de suite les grands mots, fit semblant de soupirer le brun en passant une main dans ses cheveux et son geste désinvolte énerva un peu plus le docteur. Je te demandais pas de lui dire qui tu étais, mais de la remballer plus gentiment. Tu étais peut-être un monstre il y a plus de quatre-vingt ans, aujourd'hui tu es bon Ichigo, le complimenta son ami en lui souriant avec sincérité, sauf que cette remarque l'agaça un peu plus et il serra son verre fortement. Presque comme un humain. »
 
           Sa dernière comparaison fut la goutte qui fit déborder le vase. Le verre se brisa sous sa poigne surhumaine en un affreux bruit qui attira l'attention des clients du bar. Chad paraissait surpris, mais l'immortel était en colère et il n'arrivait plus à se contrôler. Il se leva de sa chaise, claqua ses mains contre la table et regarda son meilleur ami droit dans les yeux. Les siens commençaient d'ailleurs à prendre une teinte rougeâtre et par réflexe, le métis se leva à son tour pour le maîtriser. Rapidement, le maudit tenta de se reprendre et de contrôler sa transformation, il sut qu'il y était arrivé quand le plus jeune se détendit légèrement.
 
« Ne me compare pas à ces vermines. Je t'interdis de le faire. J'ai rien en commun avec elles. Je suis pas bon, je suis un tueur, comme toi. Si j'avais pas cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, je les tuerais tous et ce jusqu'au dernier, tu m'entends ? »
 
           Il n'avait pas crié, certes il était en fou de rage, mais pas suicidaire. Pour autant, personnes attablées à côtés d'eux avaient dû clairement entendre ses propos. Sans un mot de plus, la créature de la nuit tourna le dos à son vieil ami et sortit du bar. Il pouvait entendre son compère l'appeler, lui demandant de se calmer et de revenir, mais il ne l'écouta pas et poursuivit sa route. Au dernier moment, il tourna les yeux vers la jeune femme qui avait été l'élément déclencheur de cette dispute. Elle le regardait avec étonnement, avec curiosité et un semblant d'admiration, comme si elle voyait devant elle la huitième merveille du monde. L'avait-elle vu ?
 
*
 
           La nuit était tombée depuis quelques minutes seulement et Ichigo parcourrait les rues de Tokyo pour rentrer chez lui après une longue journée à l'hôpital. Pour la première fois depuis qu'il était devenu immortel, le jeune homme se sentait las, fatigué et découragé. L'état de Neliel n'allait qu'en s'aggravant pour le plus grand malheur de tout le monde. Des siècles durant il avait tué et avait observer la mort de ses yeux, mais jamais il n'avait été aussi retourné à l'idée de voir quelqu'un mourir. Il n'était pas médecin depuis très longtemps, après tout, au vue de sa nature, c'était très risqué et il avait donc dû attendre avant de pouvoir être en contact avec le sang et ne pas vouloir le boire. Il pratiquait ce métier depuis trente ans et même s'il avait vu des enfants mourir tout le long de sa carrière, jamais il ne s'était senti aussi triste. L'orangé n'arrivait pas encore à savoir ce qui avait changé chez lui, mais il était certain qu'il y avait quelque chose de différent à présent.
 
           Soudain, une odeur de sang frais lui vint aux narines, elle était si violente qu'il s'arrêta en plein milieu de la rue et qu'il serra des poings pour empêcher ses yeux de devenir rouges et ses canines de s'allonger. Quelqu'un mourait et non loin de lui. Sans réfléchir, il se précipita et n'hésita pas à utiliser sa vitesse surnaturelle lorsqu'il était certain que personne ne le voyait. Il se rapprochait rapidement du sang et la seule pensée qu'il avait en tête, c'était de sauver cette personne qui se vidait de son sang. Le temps de quelques instants, Ichigo sembla oublier sa nature, sembla oublier l'épée de Damoclès qui était retenue qu'avec l'aide de quelques fils au-dessus de sa tête. Il jouait avec le feu, être en présence d'autant de sang était dangereux pour lui, même s'il avait un bon contrôle sur ses pulsions meurtrières, il n'avait pas le droit à la moindre erreur et tout le monde savait que le feu, instable, brûlait.
 
           En arrivant sur le lieu du crime, il comprit pourquoi l'odeur du sang était si présente ; il aurait dû s'en douter. Devant lui, il pouvait voir une femme, au sol, baignant dans son propre sang et en tendant l'oreille, il comprit qu'elle n'était plus de ce monde et c'était peut-être pour le mieux. Rapidement, il repéra l'auteur de cette barbarie : une fée. Elle se tourna vers lui, ayant ressenti sa présence et la suite du spectacle ne fut pas plus plaisante. Pour survivre, les vampires avaient besoin de sang humain, les loup-garous et les manticores avaient besoin de chair humaine, les goules avaient besoin de cerveau humain et les fées avaient besoin de peau humaine. Par conséquent, cela donnait ce genre de scène macabre durant laquelle l'humain se faisait arracher toute sa peau et rien d'autre. La colère de l'orangé monta d'un cran, il avait toujours trouvé la pratique des fées particulièrement barbare, même lorsqu'il était lui-même un tueur sanguinaire, mais maintenant, il ne pouvait la supporter.
 
           La fée dut le reconnaître puisqu'elle poussa un cri d'horreur avant de tenter de s'enfuir le plus loin possible de lui. Malheureusement, le jeune Kurosaki possédait quelque chose qu'elle n'avait pas : une vitesse surhumaine. Il la rattrapa avec une facilité déconcertante, la saisit par le cou avant de la projeter contre le mur à sa gauche. Apeurée, elle se recoquilla sur elle-même et se mit à pleurer. Insensible à cette mascarade, le docteur continua d'avancer dans sa direction. Il allait la massacrer.
 
« Ayez pitié de moi, le supplia-t-elle, les larmes coulant le long de ses belles joues. Vous savez que je n'ai pas d'autres choix pour survivre, comme vous avec le sang. »
 
           Ichigo fit la sourde oreille et continua de s'approcher de sa future victime. Sans aucune délicatesse, il lui saisit à nouveau le coup et la suréleva. En comprenant que le prendre par les sentiment ne fonctionnerait pas, le comportement de la fée changea du tout au tout et le regard qu'elle lançait à son ennemi devint glacial. Un léger sourire naquit sur les lèvres de l'orangé, elle venait enfin de dévoiler sa vraie nature.
 
« Tu n'es qu'un monstre Kurosaki Ichigo. Tu es une honte pour tout le monde de la nuit. De quel côté es-tu ? Le nôtre ou celui des humains ? Lui demanda-t-elle froidement, la colère l'emportant sur la douleur que provoquait la pression sur son cou et même s'il resta impassible, la question ne le laissa pas de marbre. T'es plus le même qu'autrefois, t'es même plus un vampire, t'es comme eux Kurosaki Ichigo, t'es un humain. »
 
           « Humain » fut le dernier mot que la fée prononça. Elle avait touché une corde sensible et s'il avait su se contrôler devant son meilleur ami, ce ne fut pas le cas pour elle. Sans attendre une seconde de plus, il leva son autre bras et lui fracassa le crâne. La femme, à présent redevenue magnifique grâce à la peau qu'elle avait récupéré mourut sur le coup et sans aucune pitié, il laissa son corps sans vie tomber au sol. Lentement, l'immortel s'approcha de la victime de la fée et observa l'horreur dont elle était l'auteur. Son c½ur se pinça légèrement dans sa cage thoracique et, par respect, il ferma les paupières de l'humaine, avant d'appeler Uryu Ishida. Une longue nuit venait de commencer.
 
*
 
« Ichigo-san, j'ai à te parler. »
 
La voix de Rukia lui vint aux oreilles, elle était cassée et faible et il n'en fallut pas plus pour qu'il comprenne que quelque chose de grave s'était produit. S'aidant de ses sens, il entendit le battement de c½ur irrégulier de la brunette, mais aussi ses faibles reniflements et il était certain qu'il pouvait encore des gouttes tomber sur ses cernes. Quelques millièmes de secondes supplémentaires furent suffisantes pour qu'il comprenne exactement ce qu'il se passait. Neliel. Une boule se forma dans sa gorge et s'il respirait encore, sa respiration serait devenue plus rapide et lourde. Par ailleurs, le suceur de sang ne pouvait plus pleurer depuis des siècles, mais s'il le pouvait encore, une seule et unique larme se serait échappée de ses yeux. Le c½ur lourd, il se retourna et put voir que sa collègue retenait avec peine sa tristesse. Tout en poussant son éternel faux soupir, Ichigo s'approcha de la médecin et posa avec douceur sa grande main sur le dessus de sa tête. Il ne pouvait pas la prendre dans ses bras, malgré tout, il se devait de lui montrer qu'il était présent et qu'il ressentait sa peine.
 
« Tu as fait tout ce que tu as pu Rukia-san, Neliel a eu de la chance d'avoir un docteur aussi investi et attentionné que toi. »
 
Il sentit sous sa main la jeune femme hocher la tête. Elle était toujours aussi triste, mais elle semblait accepter et apprécier les paroles de son collègue. Sans un mot de plus, l'orangé s'en alla, la laissant évacuer sa peine en toute tranquillité. L'immortel ressentait le besoin de prendre l'air, l'odeur du désinfectant l'horripilait, les discussions des patients et du personnel lui donnaient mal à la tête et le mélange des deux lui donnait de sévère vertiges. Il ne se sentait réellement pas bien et il savait exactement ce qui se passait. Pressé, il passa devant l'accueil et la secrétaire tenta de le retenir :
 
« Kurosaki-sensei, vos patients. »
 
           Cependant, il ne lui répondit pas et s'enfuit le plus rapidement possible. Il savait qu'il avait des malades à voir et que la vie continuait. Pour autant et pour la première fois depuis bien longtemps, l'orangé agit égoïstement et descendit les marches le plus rapidement possible pour sortir de l'établissement. Il devait absolument prendre l'air. En arrivant devant les portes de l'hôpital, il s'appuya immédiatement contre le mur, n'arrivant plus à tenir sur ses propres jambes. Une douleur au c½ur le saisit et il grimaça, se mordant les dents pour ne pas pousser une plainte alors qu'instinctivement, sa main se posait contre sa poitrine. Il put sentir le regard de japonais curieux sur lui et cela eut le don de l'agacer un peu plus. Il n'était en effet pas coutume de voir un docteur aussi mal en point et aux portes d'un hôpital, néanmoins, Ichigo avait besoin de tout, sauf de leur attention, il n'était pas une bête de foire après tout. L'immortel grogna bruyamment tout en se cognant la tête contre le mur, priant pour que la douleur cesse. Puis, il releva la tête et de se dirigea, chancelant, vers l'un des bancs qui se trouvaient devant la structure en béton.
 
           Sans la grâce habituelle digne d'un vampire, l'orangé se laissa tomber contre le bois, il souffrait toujours et il se demandait bien lorsque ce calvaire allait se terminer. Recroquevillé, il posa ses coudes sur ses genoux et cala sa tête entre ses paumes de mains. Un nouveau pincement le fit hoqueter de douleur, avant qu'il ne se morde brutalement la main, pour arrêter comme il le pouvait sa transformation. Sa vue était floue, il n'entendait qu'un horrible brouhaha et aucune odeur ne lui parvenait au nez. Il était si désorienté qu'il faillit s'écrouler par terre, ne pouvant tenir assis sur le banc. Heureusement, il possédait encore quelques réflexes et se rattrapa au dernier moment. Le jeune homme ferma les yeux et tenta de s'apaiser comme il le pouvait. Elle ne durera pas, ce n'était que passager, elle ne durera pas.
 
           Ce n'était pas la première fois qu'il faisait ce genre de crise, néanmoins, celle-ci paraissait bien plus douloureuse que les autres. Le médecin avait eu une première crise il y a dix ans de cela. Il était en compagnie de son ami Chad lorsque c'était arrivé, la douleur avait été si surprenante et violente qu'il s'était transformé et l'avait attaqué, comme s'il avait perdu la raison. Un suceur de sang ne ressentait jamais aucune douleur, excepté celle liée à la soif, Kurosaki avait donc été exempté de douleur depuis des siècles et la ressentir à nouveau l'avait rendu fou. Heureusement, le basané avait réussi à le calmer, même s'il n'avait pas pu apaiser son mal-être.
 
           Les deux vampires n'avaient pas compris ce qu'il s'était passé, ce jour-là, mais ils étaient conscients que ce n'était pas normal. Alors ils avaient utilisé leur réseau d'amis ou de connaissances qu'ils avaient acquis durant leur longue vie. Après des mois de recherches, de coups de fil et d'entrevues, ils avaient réussi à comprendre ce qu'il se passait auprès d'une sorcière. Tout cela était lié à cette sorcière de Yoruichi Shihoin et à son sort bien pire que la mort. C'était quelque chose de méconnu des humains, mais un vampire sans âme était condamné à mourir, après tout, pour exister, il fallait avoir, et un corps et une âme, sans l'un des deux, il est impossible de le faire. Ichigo le faisait depuis quatre-vingt-quatre ans pour être exact, le problème, c'est que son corps, même avec le venin de vampire, commençait à s'affaiblir et ces crises en étaient la preuve physique. Malheureusement, elle devenait de plus en plus fréquente, la dernière remontait à six mois et l'immortel savait que plus elles se rapprochaient et plus son espérance de vie diminuait.
 
« Excusez-moi sensei, vous allez bien ? »
 
           La faible voix interrompit le cours de sa pensée et il releva brutalement la tête. Confus, il passa une main contre sa poitrine et constata avec surprise que la douleur était partie. Il avait été si ancré dans ses pensées qu'il ne s'en était même pas rendu compte. Les sourcils froncés, il observa la personne qui se trouvait devant lui. Une chevelure auburn, des yeux gris et un doux visage. Encore elle ?
 
« Je vais bien, merci, c'est gentil. »
 
           Sa réponse était glaciale, cependant, elle ne sembla pas le prendre personnellement et lui offrit même un sourire sincère. Le jeune homme l'ignora et asséna un mouvement pour se remettre enfin sur pied, malheureusement, il perdit l'équilibre, encore fragilisé par les répercussions du sortilège. Celle qu'il avait sauvé il y a trois mois de cela réagit rapidement et fut l'épaule qui le retint de tomber contre le sol. Doucement, elle le fit se rasseoir, avant de faire de même. Avec respect, elle laissa un léger espace entre eux, pour autant, cela n'empêcha pas le prédateur d'être encore enivré par son incroyable parfum. Il n'avait jamais fait attention, mais elle sentait magnifiquement bon, ce n'était pas étonnant que le manticore la poursuivait, cette nuit-là. Le contact de sa main contre son front glacial le ramena sur Terre, elle semblait être à la recherche de la moindre température. Ichigo l'aurait certainement arrêté s'il en avait encore la force, parce qu'elle n'allait pas se confronter à la peau d'un humain, mais à celle d'un vampire et elle allait être glaciale.
 
« Vous vous surmenez trop sensei, commenta simplement la belle, sans relevé sa température inhabituellement froide.
-Ce n'est rien, ne vous occupez pas de moi, je vais fermer les yeux cinq minutes et tout ira mieux, répliqua-t-il se grattant le front, il ne la voulait pas à ses côtés plus longtemps.
-Voulez-vous que je vous apporte un soda pour vous redonner de l'énergie ? Proposa-t-elle gentiment et le plus vieux poussa un faux soupir.
-Tout va bien, vraiment.
-Non, insista la demoiselle et son ton était si dur que l'orangé la regarda à deux fois avant de répondre :
-Vous avez dit ?
-Non, hors de question que vous ne me parliez pas. S'est-il passé quelque chose à l'hôpital ?
-Je ne peux pas vous répondre, secret médical, se défendit l'immortel en réprimant un léger sourire ; cette humaine était drôle.
-Vous n'êtes pas obligé de me dire le prénom, vous savez ? »
 
           Cette fois-ci, le suceur de sang laissa ses lèvres s'étirer en un fin sourire et il dut retenir un ricanement. Cette humaine était réellement drôle. Kurosaki n'était pas du genre à parler de ses problèmes à ses amis et encore moins au premier venu. Cependant, après la crise qu'il venait de subir, il voulait partager une minuscule part du fardeau qui se trouvait sur ses épaules depuis bien trop longtemps. Bien évidemment, il n'allait pas lui dévoiler sa nature, mais il pouvait tout de même lui parler de ce qui le tracassait, comme un humain le ferait.
 
« Je travaille dans le service pédiatrie et aujourd'hui, une petite fille est décédée après s'être battue pendant la moitié de sa vie contre le cancer. »
 
           Immédiatement, Ichigo plaça sa main devant son visage pour le cacher de la victime du manticore. Depuis qu'il avait été maudit par Yoruichi Shihoin, il s'était efforcé de s'intégrer parmi les humains, de ressembler à eux. Auparavant, il ne refoulait pas autant sa nature et même s'il ne criait pas sur tous les toits qu'il était un vampire, les humains sentaient qu'il possédait cette aura particulière, presque mystique. Si bien que maintenant, certaines expressions se formaient naturellement sur son visage, sans qu'il ne le veuille. La tristesse devait se peindre dessus et il ne pouvait pas laisser quelqu'un d'autre le voir et s'il avait pu pleurer, il l'aurait certainement fait. Neleil ne méritait pas la mort, ce n'était qu'une enfant, une enfant innocente, bonne et jolie. Le temps d'un instant et il y a quelques mois de cela, l'orangé s'était demandé s'il ne valait pas mieux pour elle qu'il la transforme, il lui aurait offert une vie sans mort et celle dont elle rêvait. Cependant, c'était impossible, Neleil était bien trop jeune et si jamais elle survivait à la transformation, elle ne vieillirait plus et resterait à jamais une enfant, une enfant qui ne pourrait contrôler sa soif, une enfant qui n'arriverait pas à voir le mal dans ses propres actes. Il avait rapidement refréné cette idée, mais il en avait eu tellement envie, il avait le pouvoir de lui offrir une alternative et il n'avait même pas pu le faire.
 
           Soudain, il sentit une main se poser sur son avant-bras et ce contact le sortit de ses pensées. Tout en tentant de reprendre une expression neutre Ichigo se tourna vers la jeune femme. Le temps d'une seconde, il en avait presque oublié son existence. Si seulement elle avait réellement disparue.
 
« Pour quelqu'un qui n'est pas du genre à sauver quelqu'un et encore moins contre une « bête affreuse » je trouve que vous avez un grand c½ur, commenta-t-elle en continuant de sourire et l'orangé eut une soudaine envie de le lui arracher.
-Vous ne savez rien, répliqua le plus vieux en se levant sans chanceler, ayant enfin retrouver toutes ses forces.
-Peut-être plus que vous ne le croyez, répondit du tac au tac la belle aux yeux gris tout en se redressant. Vous êtes celui qui m'a sauvé, cette nuit-là, sauvé du monstre, affirma-t-elle en le regardant droit dans les yeux et alors que l'immortel allait protester, elle reprit : Vous êtes celui qui était dans le bar la dernière fois, avec votre ami étranger. Peu importe l'estime que vous avez de vous, à mes yeux, vous êtes mon héro celui qui m'a sauvé la vie. »
 
           Elle semblait si sûre d'elle qu'il en fut ébranlé le temps d'un centième de seconde, avant qu'une légère chaleur embaume son c½ur. Qui était donc cette humaine ? Ses grands yeux gris le regardait avec beaucoup d'émotions, beaucoup trop d'émotions et cela le mettait mal à l'aise. Personne ne l'avait regardé comme cela depuis des siècles, les dernières personnes devaient être sa famille ; sa mère et ses deux petites s½urs. Elle ne pouvait pas le regarder de cette façon, elle n'avait pas le droit de le regarder de cette façon. Cela faisait remonter des souvenirs qu'il avait mis des siècles à effacer, des souvenirs de lui, encore humain, de sa famille, de sa vie, de son ancienne vie et-. C'était effrayant. Alors que la jeune femme effectuait un mouvement pour se rapprocher un peu plus de lui, Ichigo fit l'inverse. Si la belle aux cheveux auburn en fut vexée, elle ne le montra pas.
 
« Qui êtes-vous ? »
 
           La question s'échappa des lèvres pulpeuses de l'humaine. Elle ne rompit pas le contact visuel qui s'était installé entre eux deux, au contraire, c'était presque comme si elle voulait l'intensifier en posant cette question. Par ailleurs, elle tendit sa petite main vers son visage, comme si elle tentait de créer un contact physique entre eux. La tête de l'orangé lui criait de partir, de s'enfuir de cette fouineuse qui ne lui apporterait que des ennuies, cependant, quelque chose, au fond de lui, lui disait de se laisser faire, de la laisser aller jusqu'au bout. La jeune femme y allait en douceur, tentant de ne pas l'effrayer et arrêtait tout mouvement lorsqu'elle le sentait réticent. Le suceur de sang avait l'impression d'être un animal sauvage que l'on tentait désespéramment de domestiquer. Après de logues minutes, elle réussit sa mission et colla sa douce paume contre la joue droite du médecin. Malheureusement, il n'arrivait plus à ressentir la chaleur d'un corps humain contre le sien, mais il était certain que elle, au contraire, ressentait la froideur qui émanait de lui. Il la vit frissonner et la chair de poule tenta de la protéger de l'agression. Ichigo s'était attendu à la voir faire un pas en arrière, ne pouvant supporter le changement de température. Cependant, elle reste stoïque, sans jamais interrompre leur contact visuel.
 
« Qui êtes-vous ? »
 
           Cette fois, ce fut à l'immortel de murmurer cette question. Cette humaine n'était définitivement pas comme les autres, justement, elle était bien trop différente. Et si elle non plus n'était pas ce qu'elle paraissait ? Un sentiment d'horreur le parcourut de haut en bas, une sorcière ? Il s'efforça de rester impassible, pour ne pas éveiller les soupçons de sa possible ennemie pendant que son cerveau réfléchissait à une vitesse fulgurante. Le sort de Yoruichi Shihoin ne le protégeait pas des autres sorcières et si jamais il en croisait une et qu'elle le découvrait sa vraie nature, elle pouvait décider de le tuer. Cela n'était jamais produit, parce qu'en sentant le sort dont il était victime, elles préféraient le laisser souffrir, espérant secrètement qu'il brise le marché et qu'il meure. Sa dernière rencontre avec une sorcière remontait à huit ans et s'il pouvait se passer d'un nouvel échange avec l'une d'entre elles, il le ferait volontiers. En la regardant avec attention, Ichigo se demanda réellement si elle était une sorcière, malheureusement, il n'avait rien qui pouvait l'aider, ces êtres perfides ressemblaient comme deux gouttes d'eau à des humains.
 
« Inoue Orihime. »
 
           Soudain, la jeune femme, dont il connaissait à présent l'identité se sépara de lui et s'il s'était écouté, le jeune homme aurait effectué un geste pour la rapprocher à nouveau de lui. Cependant, il avait arrêté d'écouter son c½ur depuis bien longtemps, alors il recula lui aussi, d'un pas. Inoue Orihime. Ses sourcils se froncèrent légèrement tandis que l'information remontait jusqu'à son cerveau. De toute sa longue vie, jamais il n'avait entendu parler du clan des Inoue. Malgré tout, la possibilité qu'elle soit une sorcière ne pouvait être écartée. En effet, elle pouvait avoir pris le nom de famille de son mari (même s'il n'avait pas vu de bague à son doigt), elle pouvait mentir (même si elle paraissait sincère) et elle pouvait tout simplement ne pas connaître ses pouvoirs (ce qui restait très peu probable). Plus son résonnement avançait et plus il était convaincu qu'elle n'était pas une sorcière, mais son instinct de survie le suppliait de rester sur ses gardes.
 
« Et vous, qui êtes-vous ? »
 
           Décidément, elle ne semblait pas vouloir lâcher le morceau. Pouvait-il la blâmer ? Elle venait de se présenter, il était donc de convenance qu'il en fasse de même. Pouvait-il se le permettre pour autant ? Le temps d'un instant, il fut tenté de mentir sur son identité, malheureusement, il ne pouvait pas se le permettre, car sur sa blouse se trouvait un badge avec son nom de famille. En poussant son éternel faux soupir et en passant une main dans ses cheveux orangé, il décida de répondre à la question de la belle.
 
« Ichigo Kurosaki. »
 
           Les sourcils de la jeune femme se froncèrent pendant un centième de seconde avant qu'un large sourire étire ses lèvres. En se demandant pourquoi elle avait paru si déconcertée, le suceur de sang l'observa avec attention et il ne pouvait nier le fait qu'elle était magnifique. Sa grande et épaisse chevelure auburn tombait le long de ses épaules pour reposer sur ses seins volumineux, ses jambes semblaient interminables et ses cuisses étaient fermes. Sans oublier son doux visage et ses grands yeux, curieux de découvrir le monde. Il n'avait que très rarement vu une femme aussi belle et pourtant, il en avait croisé, des femmes, durant son éternelle vie. Pour autant, ce n'était pas sa beauté qui le fascinait le plus, mais ce qui se trouvait à l'intérieur de ce frêle corps. Elle était loin d'être une simple humaine et ses sens le lui hurlaient. Inoue Orihime, qui étais-tu ?
 
« Rentrez-vous, vous aussi dans l'hôpital, Kurosaki-sensei ? Demanda-t-elle en penchant la tête sur le côté, un léger sourire étirant ses pulpeuses lèvres.
-Oui, ma pause est terminée, répondit-il après s'être raclé la gorge et avant de continuer avec une proposition étonnante : Souhaitez-vous que je vous accompagne ?
-J'ai bien cru que vous ne demanderez jamais. »
 
           Son rire suivit sa remarque et il réussit à faire naître un sourire sur le visage rigide de Ichigo. Sans un mot de plus, les deux jeunes gens se dirigèrent vers l'entrée de l'hôpital. L'immortel se permit de lui ouvrir la porte avec galanterie et il pesta mentalement contre ses vieilles habitudes. En même temps, pourquoi les m½urs changeaient-elles si rapidement ? Cela en était fatiguant. Orihime le remercia avec un grand sourire et ils entrèrent dans l'établissement aux pâles couleurs. La jeune femme se dirigea vers l'accueil et ne souhaitant pas s'immiscer dans sa vie privée en écoutant qui elle allait retrouver, le suceur de sang resta quelques pas en arrière.
 
« Hey, Ichigo, qu'est-ce que tu fais ici ? S'exclama une voix grave et las, l'interpellé tourna la tête en direction de :
-Renji, souffla-t-il bruyamment tandis que l'homme aux cheveux écarlates lui tapa l'épaule en un geste affectif. Je suis en pause. Tu devrais pas être au travail toi ? Questionna-t-il en haussant un sourcil.
-C'est pas pare que je te croise dans les couloirs que je suis pas en train de travailler, si on peut même plus venir saluer nos amis maintenant. »
 
           Le docteur semblait presque vexé par sa réplique et cela eut l'effet de faire sourire le plus vieux. La plupart du temps, Renji lui sortait par les yeux et l'autre partie du temps... il l'adorait. Entre eux, c'était un peu comme chat et chien et sa vie à l'hôpital serait beaucoup moins drôle sans lui. Soudain, il remarqua que la belle qui l'accompagnait finissait sa tâche. Elle tourna sa tête de gauche à droite, le cherchant certainement, par conséquent, il se permit de faire un léger signe de la main pour attirer son attention. Un nouveau sourire naquit sur ses lèvres et le pas léger, elle se dirigea vers lui. L'orangé ignora le regard abasourdi de son collègue et se concentra sur la beauté auburn, espérant découvrir tous ses secrets en l'observant.
 
« Kurosaki-sensei, merci de m'avoir accompagné jusqu'ici, je ne vais pas vous retenir plus longtemps, bonne fin de journée à vous et... à vous aussi Abarai-sensei, salua-t-elle poliment en se courbant légèrement et en s'éclipsant.
-Quoi ? Grogna Ichigo en sentant le regard réprobateur de Renji sur lui.
-Tu vas pas la laisser filer j'espère.
-Si, pourquoi ?
-T'es vraiment stupide ma parole, soupira l'humain en passant une main dans ses cheveux. Y'a vraiment qu'un con comme toi pour ne rien voir, termina-t-il en s'en allant à son tour.
-Renji ? L'appela le suceur de sang et son collègue se retourna, un sourire déjà vainqueur étirant déjà ses lèvres, il pensait lui avoir clouer le bec, mais il était loin du compte.
-Ferme ta gueule. »
 
           Avec une certaine suffisance qui avait le don d'agacer l'écarlate, Kurosaki lui tourna le dos et s'en alla. Grâce à ses sens, il put l'entendre jurer et cela fit naître un sourire sur ses lèvres. Non il n'allait pas retrouver cette Orihime Inoue et il n'avait pas non plus bien compris ce que lui avait dit cet idiot de Abarai mais ce dont il était certain, c'est qu'il allait devoir mener des recherches sur cette jeune femme. Il ne savait pas encore de quelles manières, mais son instinct lui criait qu'elle était dangereuse. Et si Ichigo avait bien appris une chose après des siècles d'existence, c'était de faire confiance à son instinct.
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           Bonjour à vous, me revoici avec la première partie d'un two shot sur un univers alternatif monstre. Un Ichigo et un Chad en tant que vampires, un Uryu nettoyeur et une Orihime peut-être sorcière. J'espère que vous avez aimé cette première partie et que vous aurez hâte de lire la deuxième partie. Comme d'habitude montrez-vous honnêtes et critiques en lisant mon écrit pour que je puisse m'améliorer et vous offrir des écrits de meilleures qualités. Merci de m'avoir lu, x.
Chloë.

Tags : Two Shots - Bleach - Hétéro - Inoue Orihime & Kurosaki Ichigo

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