Baby, it's cold outside (part. 1)


          La neige tombait depuis quelques heures à présent, continuant de recouvrir la ville d'une couche de blanc incroyablement pur. Les lampadaires éclairaient les rues de Karakura alors que peu de personnes semblaient être capables d'affronter le froid de ce début de décembre. En effet, les rues étaient quasiment désertes ; les magasins étaient en train de fermer et les enfants avaient depuis longtemps quitté les parcs de jeux. Il était vrai que la température glaciale qui s'abattait sur la ville saisissait tout le corps et d'une manière peu plaisante. Ce froid qui s'immisce dans votre corps doucement, mais sûrement vous faisant trembler sans que vous puissiez le contrôler. Celui qui pique vos joues et votre nez, les faisant rosir, celui qui gerce vos lèvres et celui qui ne vous donne qu'une seule et unique envie : celle de rester chez vous, de vous mettre au chaud.
 
          Étonnement, Karin Kurosaki en cette période de l'année, souhaitait tout, sauf rester chez elle. Elle était, en passant, la seule de la famille à aimer cette saison, la seule à admirer ce paysage et à être capable d'en expliquer toute sa beauté et son attrait. Sur le bord de sa fenêtre fermée, la fillette à présent devenue une belle adolescente ne pouvait se lasser de regarder les flocons de neige descendre lentement du ciel pour venir embrasser le sol. Elle trouvait cela apaisant et en ce moment, c'était tout ce dont elle avait besoin ; les cours lui prenaient du temps et de l'énergie, sans compter l'équipe de football mixte de la ville dont elle était la capitaine. Elle était exténuée et les fêtes de Noël qui approchaient à grands pas n'allaient pas réellement arranger les choses. Souvent, elle se demandait comment son frère avait bien pu réussir ses études tout en étant un Shinigami, surtout à cause des nombreux combats qui l'avaient opposé à la Soul Society, à Aizen ou encore aux Quincy (plus tout ceux dont elle n'avait pas connaissance). Elle avait l'impression qu'elle n'y arriverait jamais, alors que comparé à lui, ses occupations étaient bien plus calmes et sûres.
 
          Malgré tout ce qui se passait dans sa tête, l'adolescente ne pouvait s'empêcher de sourire devant une telle vue, tout semblait parfait une fois recouvert de blanc. Tout semblait plus pur, plus sincère, plus vrai, plus réel et irréel en même temps ; c'était étrange et l'adolescente n'arrivait pas encore à parfaitement le décrire. Sans réfléchir, elle quitta rapidement la chambre qu'elle partageait avec sa jumelle et descendit deux par deux les marches de l'escalier qui la menèrent au salon-cuisine-entrée. Elle se hâta de saisir son gros manteau à capuche ; qu'elle enfila rapidement, son bonnet ; qu'elle déposa à la va-vite sur sa tête, sa grande écharpe en laine ; qu'elle enroula autour de son cou et ses gants qui recouvraient à présent ses fins doigts. Ce fut en lâchant un fort « Je sors ! » pour être certaine qu'au moins l'un des membres de sa famille puisse l'entendre qu'elle claqua la porte d'entrée.
 
          Une fois dehors, dans le froid, les flocons lui tombant doucement sur le visage, Karin se demanda pourquoi elle avait mis tant de temps à sortir. Certes la température glaciale lui piquait les joues et le nez, de plus, le froid commençait, doucement, mais sûrement à s'immiscer en elle et pourtant, elle ne s'était jamais sentie aussi vivante. La tête levée vers le ciel, à présent aussi noir que ses cheveux et les mains dans les poches de son manteau, l'adolescente laissa l'un de ses rares sourires qui dévoilaient ses dents prendre place sur son visage. Elle resta comme cela, devant chez elle, pendant un nombre incalculable de minutes, appréciant la simplicité de ce moment qui l'apaisait. Sentant que le froid deviendrait rapidement insoutenable, elle finit par se mettre en marche et le regard se perdant dans la beauté de la ville, elle s'enfonça dans le noir de la nuit, la neige craquant sous ses pas.
 
          Ce ne fut qu'une heure plus tard que la benjamine de la famille Kurosaki réapparut dans la maison, après avoir été appelée par sa s½ur, son frère et son père beaucoup trop de fois pour qu'elle prenne le temps de les compter. Lorsqu'elle claqua à nouveau la porte d'entrée, cette fois-ci dans l'autre sens, la voix des personnes les plus importantes à ses yeux lui déchirèrent sans qu'elle n'y soit préparée les tympans, et non, elle n'exagérait aucunement.
 
« Karin bon sang t'étais où ? On s'est inquiété comme jamais ! Lui reprocha Ichigo, l'aîné, dont la voix venait finalement de s'imposer. Il la regardait sévèrement, ses sourcils éternellement froncés et à cet instant, il ressemblait bien plus au chef de famille que leur propre père.
-Tout va bien Ichi-nii, je voulais simplement me promener, tu sais combien j'aime cette période de l'année, expliqua-t-elle doucement en commençant à enlever les couches de vêtements à présent superflus au vue de la chaleur dans la maison et à les ranger dans l'entrée, là où était leur place. De plus, j'avais prévenu que je sortais, je l'ai crié, termina la brune en haussant les épaules avec désinvolture, comme elle savait si bien le faire, ressemblant alors à son grand frère qui faisait pareil quand il avait son âge. Ces deux-là étaient semblables en bien des façons, même s'ils leur étaient impossible de l'admettre.
-C'est vrai, je l'ai entendu, la défendit Yuzu de sa voix douce et calme, restant fidèle à elle-même, elle était tout le contraire de sa s½ur, de son frère et de son père, cependant sans elle, la famille Kurosaki ne serait plus depuis longtemps, elle avait le don de tous les apaiser et les canaliser. C'est pour ça qu'on ne s'inquiétait pas au début, mais tu as vraiment mis beaucoup de temps, surtout que tu sais qu'on mange pour dix-neuf heures trente, lui reprocha la cadette aux cheveux châtain et Karin soupira. Protéger pour mieux enfoncer, c'était sa marque de fabrique. Elle ne lui en voulait pour autant pas, c'était son rôle en tant que médiateur ; puisqu'elle ne prenait jamais partie et exposait toujours les faits avec objectivité.
-Rien ne sert d'en rajouter, je pense qu'elle a compris son erreur, intervint Isshin en posant sa main sur l'épaule de sa première fille, déjà prête à répliquer, calmant immédiatement le jeu. Essaye de ne plus nous inquiéter de cette façon, d'accord ? Quémanda le veuf en regardant l'un des êtres les plus importants pour lui droit dans les yeux ; il était tellement sérieux et sincère que la lycéenne fut assailli par un sentiment qui ressemblait fortement à de la culpabilité.
-Oui, je suis désolée de vous avoir autant inquiéter, s'excusa-t-elle, un air contrit sur le visage alors qu'elle regardait ses pieds simplement recouverts de ses chaussettes, n'ayant pas encore eu le temps d'enfiler ses chaussons.
-Allons ! L'encouragea le plus vieux en reprenant son air idiot. À table ! »
 
          L'atmosphère auparavant lourde se dissipa instantanément et il avait suffi que Isshin fasse un commentaire désobligeant concernant Ichigo pour que cet habituel sentiment de joie revienne réchauffer la maison. Karin en était soulagée, premièrement parce que l'attention n'était plus sur elle, mais principalement car son escapade n'avait pas eu une plus grande répercussion sur l'humeur de la demeure familiale. Elle détestait être un poids pour sa famille. Déjà qu'à cause de ce qu'elle était Yuzu était contrainte à s'occuper des tâches ménagères et Ichigo à assurer leur protection, pendant que leur père, seul, devait subvenir à tout leurs besoins, elle ne voulait pas, en plus, être une source de problèmes pour eux.
 
          Karin s'assit en silence à table et tandis qu'elle mangeait ce que sa petite s½ur avait préparé avec amour, elle ne fit pas comme les autres jours. En effet, elle ne se contenta pas d'ignorer les chamailleries de son frère et de son père ainsi que les remontrances de Yuzu. Pour une fois, elle les observa avec une attention toute particulière ; elle ne leur dirait jamais et pourtant, elle les aimait plus que tout.

*

          Le soleil perçait difficilement la couche de nuage qui se trouvait au-dessus de Karakura et les gens ne pouvaient que s'en plaindre. Déjà, beaucoup voulait quitter le froid de l'hiver pour retrouver la chaleur de l'été alors que ce dernier ne venait que de débuter, décidément, cette saison n'avait pas droit à sa chance. Karin pouvait les comprendre et pourtant, elle ne pouvait pas être d'accord avec eux ; chérissant bien plus l'hiver que l'été. En quittant le lycée, cette journée-ci, l'adolescente aux longs cheveux bruns, accompagnée de ses fidèles amis, se dirigèrent vers le terrain de football pour se détendre tous ensemble en faisant quelques frappes. Elle savait que cela allait leur changer les idées et ils en avaient tous, décidément besoin, les examens du deuxième trimestre étaient dans quelques jours seulement et le stresse montait. Ce fut donc d'un pas un peu plus léger et en discutant un peu plus joyeusement que durant ses derniers jours que la benjamine de la famille Kurosaki arriva sur le terrain de la ville.
 
          La partie de football venait de se terminer et tout le monde rentrait déjà chez lui. Karin vit s'éloigner ses fidèles partenaires, un par un, du stade, un fin sourire sur les lèvres, heureuse d'avoir pu passé du temps avec eux, même si elle ne leur dirait jamais. De son côté, elle avait décidé de rester quelques minutes de plus ici, appréciant le calme qui régnait à présent dans cet endroit, recouvert, comme toute la ville de blanc. Au vue du silence qui l'entourait, Karin pouvait aisément percevoir l'écoulement du cours d'eau qui se trouvait à quelques mètres d'elle. Les fins rayons du soleil qui arrivaient à percer les épais nuages s'y reflétaient, donnant au liquide une couleur qu'elle ne lui avait encore jamais vue. Il était toujours bleu, certes, mais au-delà de ça un halo d'une douce lumière s'y trouvait, lui donnant un côté magique, presque surréaliste. Elle avait l'impression que des pierres précieuses, d'un bleu turquoise, berçaient le fond du cours d'eau et que ces dernières en transformaient la couleur. Elle ne pouvait pas comprendre comment le soleil pouvait lui donner cette teinte, mais c'était bien trop beau pour qu'elle ose s'en plaindre. La lycéenne ne pourrait jamais assez le répéter, elle adorait cette saison, comme si elle en était tombée amoureuse, si bien qu'elle ne se lasserait pas de toujours vivre en hiver. Elle en était certaine.
 
          Soudainement, à présent que la question lui venait en tête, depuis quand aimait-elle cette période de l'année ? Petite, elle la détestait, tout comme Yuzu et le reste de sa famille. Tout simplement parce qu'il faisait froid, qu'il était difficile de se promener dehors et principalement parce que tous les membres de la famille tombaient au moins une fois malade. De plus, maintenant qu'elle s'en rappelait, même au fil des années, en grandissant, elle n'avait jamais réellement développé un semblant d'amour pour le froid et la neige. Alors, depuis quand ? Fronçant les sourcils tandis qu'elle remettait son bonnet en place sur sa tête, de façon à ce qu'il couvre bien ses oreilles, elle semblait étrangement perturbée par cette question à laquelle elle ne pouvait pas trouver de réponse. Au bout de quelques minutes d'instance réflexion, elle pesta bruyamment, ne trouvant toujours pas ce qu'elle cherchait dans sa mémoire, la solution ne devait pas être loin pourtant, si ?
 
          Remarquant que le ciel commençait à s'assombrir, Karin comprit qu'elle était restée bien plus longtemps qu'elle ne l'avait voulu ici, sur le terrain de football, tentant de trouver pourquoi elle aimait cette saison. Elle devait rentrer chez elle, elle ne pouvait se permettre d'inquiéter une fois de plus sa famille. Ce fut en haussant les épaules et en se résignant sur le fait qu'en vieillissant elle avait appris à aimer l'hiver qu'elle cacha le ballon à son endroit habituel, loin des yeux de tous. Ensuite, la lycéenne prit la direction de chez elle, en balançant son sac derrière son épaule à la manière de son grand frère, pendant qu'elle observait avec une admiration et une avidité non dissimulée tout ce qui l'entourait, toujours profondément sous le charme.
 
*

          C'était enfin le week-end et l'ambiance était une fois de plus festive dans la maison familiale des Kurosaki. Cela était principalement dû à deux choses : le retour de Ichigo et la venue de Orihime Inoue pour le dîner. Premièrement, l'aîné de la famille ne revenait à présent que pour les week-end, étant, toute la semaine, à l'université. Après le lycée, il avait pris le cursus de médecine dans le but de reprendre la clinique après son père, son envie d'aider les autres ayant largement influencé ce choix. Deuxièmement, il y a deux ans maintenant, lui et la belle rousse avaient enfin officialisé leur relation, personne n'avait rien dit et pourtant tout le monde savait parfaitement que ces deux-là se fréquentaient depuis bien plus longtemps. Alors cela était naturel pour Karin, Yuzu et Isshin d'accueillir et cela avec leur entrain habituel la jeune femme qui avait le courage de supporter l'horrible caractère du Shinigami remplaçant.
 
          Yuzu avait une fois de plus cuisiné avec amour ce soir et le repas était tout bonnement divin. D'ailleurs, la douce Orihime ne se priva pas de la complimenter à ce sujet, demandant plus d'informations sur la nouvelle recette, pendant que la cadette des Kurosaki qui était toujours aussi modeste était rouge pivoine. Le repas était décidément bien animé ce soir et cela fit doucement sourire Karin, elle ne changerait sa famille pour rien au monde, mais ne l'avait-elle pas déjà dit ?
 
          Son regard se posa un instant sur son grand frère, Ichi-nii allait sur ses vingt et deux ans, il n'était plus l'adolescent qui cherchait encore sa voie, il était à présent un homme accompli par toutes les épreuves qu'il avait traversé. Il avait parcouru un long et difficile chemin pour être celui qu'il était et Karin ne pouvait être que fier de lui. Certes, elle l'avait toujours admiré, mais ce sentiment n'en était que plus fort depuis qu'elle avait découvert ce fameux chemin qu'il avait effectué. Il était comme un héro pour elle, un modèle, un exemple et elle ferait tout pour être à sa hauteur. Elle s'apprêtait à porter son attention sur son père qui faisait encore l'imbécile lorsqu'elle remarqua le regard que lança Ichigo à Orihime. Alors c'était cela l'amour ? Ce n'était pas la première fois que la lycéenne surprenait ce genre de regard venant de son frère ou de sa petite amie, cependant, elle en était à chaque fois toute retournée. Tout dans leurs yeux prouvait à quel point ils étaient amoureux, à quel point ils respectaient, admiraient et désiraient l'autre. Ces deux-là s'aimaient tellement qu'ils irradiaient et ils étaient tout bonnement magnifiques. La benjamine de la famille fut un court instant jalouse de leur bonheur, en effet, ce n'était pas comme si elle avait eu beaucoup d'expériences amoureuses de son côté durant le collège ou le lycée. Elle ne s'en plaignait pas vraiment, souhaitant prendre son temps et trouver quelqu'un qui lui plairait réellement, cependant le couple que Ichigo et Orihime formait la faisait rêver. Un jour, elle voudrait cela elle aussi, un amour aussi fort que le leur. Et elle espérait que elle aussi, elle irradierait de la même façon.
 
« Tu vas bien Karin-chan ? Tu sembles perdue dans tes pensées, questionna en un murmure la douce Orihime pour ne pas attirer toute l'attention de la petite famille sur la brune, sachant qu'elle était réservée et la jumelle de Yuzu l'en remercia en un regard.
-Oui j'étais dans mes pensées, Orihime-nee. »
 
          La plus jeune lui répondit avec un sourire timide, peu fière de s'être fait prendre par la princesse de son frère. Au plus grand étonnement de leur entourage, la capitaine de l'équipe de football mixte était devenue très proche de Orihime durant ces deux années, bien plus que Yuzu l'était avec la rousse. Tout le monde s'était attendu au contraire, connaissant le caractère houleux de Karin tandis que Yuzu et Orihime se ressemblaient énormément. Malgré tout, si la douce Inoue avait miraculeusement réussi à canaliser le fougueux Ichigo en lui donnant tout son amour, il n'était pas étonnant qu'elle finisse par faire de même avec la première fille de Isshin et Masaki. En elle, Karin avait réussi à trouver pendant sa crise d'adolescence, alors que Ichigo et la rousse n'étaient encore qu'amis, une confidente, qui s'était rapidement transformée en ce qui pourrait être une grande s½ur. De plus, maintenant que les deux roux étaient enfin en couple, leur lien s'était de nouveau intensifié, comme si c'était encore possible. Certes, elles n'étaient pas toujours collées l'une à l'autre, ayant chacune leur occupation ; Karin était au lycée et jouait souvent au football, Orihime, quand à elle, était à l'université et travaillait dans une boulangerie. Pourtant, elles n'hésitaient jamais à s'appeler ou à se voir si l'une d'entre elles en ressentaient le besoin ; l'heure de la journée ou de la nuit important peu pour elles. La brune était très mature pour son âge si bien que les quatre années qui les séparaient ne s'étaient fait que très rarement ressentir dans leur amitié, sans pour autant créer de très grandes discordes.
 
« Tu veux m'en parler ? »
 
          La question de la rousse aux formes généreuses lui arriva soudainement aux oreilles, la faisant légèrement sursauter et la sortant de ses profondes pensées. Elle lui offrait un sourire d'une frappante et évidente sincérité et Karin savait pertinemment que c'était une invitation silencieuse à se confier. Comme si elle avait encore besoin que Inoue lui sourisse de cette manière pour lui partager ses émotions ; cela faisait longtemps à présent que la princesse avait gagné son entière confiance. Orihime était même la première et souvent la seule personne à laquelle la brune se confiait, que cela soient ses plus horribles craintes et hésitations ou ses plus grandes joies.
 
« Après le dîner, d'accord ? » Proposa la footballeuse en mettant dans sa bouche du riz, montrant ainsi que la discussion était terminée, pour le moment.
 
 
          Après le repas, qui avait duré bien plus longtemps que d'habitude, ce n'était pas réellement étonnement vue les nombreuses disputes que Isshin et son fils avaient eu le temps d'essuyer, chacun débarrassa et aida à faire la vaisselle. La semaine avait été longue pour tout le monde et en ce vendredi soir, ce que toute la famille souhaitait, c'était se coucher de bonne heure. Après s'être mise en pyjamas et s'être brossée les dents, Karin se trouvait, à nouveau devant la fenêtre de sa chambre pour admirer le paysage que lui offrait le premier étage de sa maison sur la ville de Karakura. Pourquoi ne pouvait-elle donc pas détacher ses prunelles de la neige d'un blanc immaculé qui contrastait avec la nuit noire qui recouvrait le ciel ? C'était comme si elle était hypnotisée par toute cette beauté autour d'elle, oui, elle aimait cette saison. Cependant, elle avait à présent l'impression que quelque chose d'autre se cachait derrière tout cet attachement envers l'hiver. D'où pouvait-il bien venir, bon sang ?
 
          Toc toc toc. Sursaut. Retour à la réalité.
 
« Je peux entrer Karin-chan ? »
 
          La voix de Orihime paraissait étonnement faible et ceci uniquement à cause de la porte de la chambre qui était fermée, pour espérer avoir un semblant d'intimité dans cette maison. Un léger sourire, comme elle savait si bien les faire prit place sur le visage de l'adolescente. Le temps d'un instant, elle avait eu peur que la rousse oublie ce dont elles avaient brièvement parlé durant le dîner. Orihime était quelqu'un de confiance qui faisait passer ses amis avant tout, même elle-même et encore plus quand il en venait à la famille de son petit-ami. Comment avait-elle osé douter d'elle le temps d'une seconde ?
 
« Oui oui Orihime-nee. »
 
          La princesse entra dans la pièce, elle semblait au premier abord hésitante, en réalité, elle regardait simplement si Yuzu était elle aussi dans la chambre. Elle savait que les deux jumelles étaient proches l'une de l'autre. Cependant elle était aussi consciente du fait que Karin ne se dévoilait jamais réellement à sa petite s½ur, plus pour ne pas l'inquiéter que par un réel manque de confiance. Elle fut donc ravie de ne pas voir une petite tête recouverte de longs cheveux châtain dans la chambre, elle pourrait avoir une conversation à c½ur ouvert avec, ce qu'elle s'amusait et aimait penser, l'alter-ego de Ichigo. Elle prit rapidement place sur le lit de la brune, s'asseyant en tailleur pendant qu'elle replaçait correctement son long gilet sur ses épaules, le fermant contre sa généreuse poitrine, la tenant ainsi au chaud.
 
« Vas-y, explique-moi tout Karin-chan. » Lui intima la soigneuse en tapotant avec énergie la place devant elle, l'invitant ainsi à s'asseoir en face d'elle et la capitaine de l'équipe mixte de football n'eut pas d'autres choix que d'obtempérer.
 
          Que pouvait-elle bien lui dire ? En réalité, elle n'avait pas quelque chose en particulier à lui raconter, enfin, c'était simplement qu'elle n'arrivait déjà pas à mettre le doigt sur ce qui la dérangeait, alors pouvoir l'expliquer, cela lui paraissait impossible. Elle n'était pas une Kurosaki pour rien, seule Yuzu savait mettre des mots sur ses émotions dans cette famille. Malgré tout, la simple présence de Orihime près d'elle était rassurante, cette femme possédait vraiment un don pour mettre les gens à l'aise et les aider et ce, sans même ouvrir la bouche.
 
          Sortant de ses pensées, elle remarqua que les joues de l'orpheline était légèrement rosées, son souffle quelque peu entrecoupé et ses lèvres étaient tellement rouges qu'on aurait pu croire qu'elles saignaient. Apparemment, la jeune femme avait peiné à se libérer de l'étreinte de son frère. Karin se retint difficilement de glousser pour ne pas gêner la rousse, surtout que c'était assez facile dès qu'il était question de son grand frère et aussi par respect pour leur relation, ce qui se passait entre eux, une fois dans le lit ne la concernait aucunement. Un léger sourire prit à nouveau place sur son beau visage, décidément, les deux jeunes adultes vivaient sur un petit nuage et rien ne semblait pouvoir les faire redescendre sur Terre. Orihime, même si elle paraissait un peu négligée avec ses cheveux en bataille et sa tenue qu'elle avait dû remettre en rentrant dans sa chambre ne lui avait jamais semblée aussi épanouie. Alors, ça faisait cet effet, l'amour ?
 
« Tu n'y arrives pas, n'est-ce pas ? Affirma Inoue en lui prenant avec prudence la main, lui montrant son soutient, elle n'était pas en train de lui faire un reproche, elle en était certaine, la plus vielle énonçait simplement un fait.
-À quoi ? Répondit Karin, ses sourcils se fronçant, ne comprenant pas où elle voulait en venir.
-À exprimer ce que tu ressens, je te connais assez pour savoir que tu n'arrives même pas à savoir ce qui te dérange, expliqua Orihime en battant de sa main libre, comme si ce qu'elle lui demandait était évident pour tout le monde, peut-être cela l'était-ce ?
-C'est cette saison, elle me rend, je ne sais pas, quelque chose qui ressemblerait à de la nostalgie et à une admiration sans demi-mesure, s'expliqua difficilement la lycéenne en bafouillant à plusieurs reprises dans le but de trouver les bons mots, ceux qui décriraient à la perfection ce qu'elle ressentait. Et c'est d'autant plus étrange parce qu'on aime pas réellement l'hiver dans cette famille, moi y compris, je ne sais vraiment pas d'où me vient cet amour pour le froid et la neige. » Souffla-t-elle en reportant toute son attention vers la fenêtre, comme si elle cherchait à nouveau à voir ce magnifique paysage.
 
          Karin comprit rapidement qu'elle ne pourrait rien voir si elle restait assise ici, peut-être que si elle se levait pour s'approcher... ? Elle secoua rapidement sa tête de gauche à droite pour reprendre ses esprits. Il fallait qu'elle arrête cela, elle allait devenir folle si cela continuait. Elle se retourna vers Orihime et pour la première fois depuis le début de leur échange, elle croisa ses yeux d'un gris ébranlant tant ils étaient expressifs. Une fois de plus, elle comprenait pourquoi son frère avait succombé aux nombreux charmes de la princesse. D'ailleurs, cette dernière sembla comprendre à quel point la benjamine de la famille était perdue, certes, elle s'en doutait, pourtant, elle ne pensait pas que c'était à ce point-là. Elle ne montra rien de son trouble à Karin, sachant très bien que cela ne servait à rien de l'inquiéter encore plus sur son cas, elle se contenta donc de lui offrir un sourire compréhensif et de serrer sa main un peu plus fortement, dans un geste rassurant.
 
          Sans que la princesse ne puisse analyser ce qui se passait exactement avec l'adolescente, cette dernière se mit, silencieusement, à pleurer. Des perles salées coulèrent sur ses joues maintenant roses, tandis qu'elle reniflait discrètement et que son corps bougeait légèrement, étant pris de soubresauts. Orihime était étonnée ; c'était la première fois qu'elle voyait un membre de la famille Kurosaki pleurer et mit malheureusement plus de temps qu'elle ne l'aurait voulu pour la prendre dans ses bras, dans le but de partager une étreinte chaleureuse et réconfortante. La rousse aurait souhaité que Karin, une fois contre son torse, se laisse aller contre elle. Elle avait maintenant une épaule sur laquelle elle pouvait se reposer et il était évident pour Inoue que c'était le moment pour elle d'évacuer toutes les larmes qu'elle retenait depuis la mort de sa mère pour paraître forte. Ce ne fut malheureusement pas le cas et quelques minutes plus tard, quand la lycéenne releva la tête, seuls ses yeux encore un peu rouge prouvaient que ce soir, depuis longtemps, elle avait craqué. Son comportement fendit le c½ur de l'orpheline qui voulait pleurer pour elle et réussir à lui faire comprendre que parfois, pleurer faisait plus de bien que de mal.
 
          Maintenant l'une en face de l'autre, celle qui détenait le c½ur de Ichigo posa doucement sa main droite dans les cheveux de Karin, les caressant tendit que la gauche, à présent libre, couvait avec amour sa joue droite.
 
« Voilà ce que je te propose de faire. Repose-toi et prends une bonne nuit de sommeil, cette année est très éprouvante pour toi, avec les examens, la vie d'adulte qui va commencer et cetera. Je pense que là-dedans, expliqua la soigneuse en pointant de sa main droite la tête de la première fille de la famille Kurosaki. Et aussi, là-dedans, continua-t-elle en désignant cette fois-ci le c½ur de la footballeuse. On essaye de te faire passer un message. Lequel, je n'en ai aucune idée, mais il y a un message derrière tout cela et tu le sauras en temps voulu. Alors, essaye de ne pas te hâter pour le connaître, d'accord ? Lui demanda la généreuse Inoue, en laissant échapper un léger rire, sachant très bien qu'elle demandait l'impossible pour une Kurosaki.
-Je te fais confiance Orihime-nee, lui souffla la brunette en un fin sourire, pendant que dans son regard d'un sombre gris, elle exprimait toute sa reconnaissance pour Inoue.
-Bien, bonne nuit Karin-chan et à demain, lui souhaita la plus vieille en lui embrassa le front dans un geste protecteur avant de se lever du lit et de sortir de la chambre, en prenant soin de fermer la porte derrière elle.
-Bonne nuit, Orihime-nee. »

*
          Le mois de décembre se terminait rapidement, les fêtes de Noël venant tout juste de se finir, la neige, elle, semblait vouloir encore rester un peu plus longtemps sur la ville de Karakura, ce qui était loin de déplaire à Karin. Cette dernière avait suivi à la lettre le conseil de la petite amie de son frère et elle devait avouer qu'elle avait eu totalement raison. Elle ne se tracassait plus par rapport à cette histoire et attendait, se concentrant sur les cours et le football. La pression des examens descendaient progressivement, puisqu'elles venaient de les passer et qu'elle était à présent en vacances. Pourtant, la seule chose qu'elle attendait était les résultats de ses examens, ils tomberaient dans quelques jours seulement, pour la fin de ses vacances, elle avait peur de ne pas les avoir réussi de mettre son année scolaire en péril. Malgré tout, elle allait mieux qu'avant et elle ne pourrait jamais assez remercier Inoue pour lui avoir donné ce conseil si précieux et pourtant très simple.
 
          La belle brune jouait au football avec son équipe sur le terrain municipal. Ils avaient un important match pour la saison dans trois semaines et ils doublaient les entraînements pour être certains de gagner. Ainsi, ils pourraient être en demi-final, niveau que jamais Karakura avait atteint avec son équipe mixte, encore bien trop jeune pour avoir pu faire ses preuves. Cette année serait la bonne, c'était la dernière pour Karin et ses plus proches amis, c'était la dernière chance pour eux de laisser une trace de leur passage dans cette ville avant d'aller dans les écoles supérieures et aucun d'entre eux ne voulaient la manquer. La capitaine était inflexible et intransigeante, ils devaient mettre toutes les chances de leur côté, alors chacun devait se donner au maximum. C'était un sport collectif et il serait bête de croire que tout repose sur les capacités du meilleur joueur de l'équipe, parce qu'en réalité, c'était tout le contraire.
 
« Sato qu'est-ce que tu fais, bon sang ? S'exclama Karin à travers le terrain en voyant que son attaquant n'avait pas pu intercepter le ballon à cause d'une seconde d'hésitation. Tu ne peux pas te permettre de faire cela, cette seconde était décisive, il fallait foncer. »
 
          Sa voix avait redescendu d'un niveau pendant qu'elle expliquait son erreur à son coéquipier, puisqu'elle n'avait plus besoin d'attirer son attention, cependant sa voix ne s'était pas adoucie, loin de là. Réprimander n'était pas l'activité préférée de l'adolescente, préférant de loin rester en retrait quand cela ne la concernait pas, comme elle l'avait toujours fait à la maison, par exemple. Malheureusement, il s'agissait de son équipe de football, elle se devait d'être ferme, tout simplement parce qu'ils étaient tous sous sa responsabilité puisqu'elle était à la fois leur capitaine et leur coach. Personne dans la ville n'avait cru à leur équipe dès qu'elle s'était formée, de quelle manière une équipe mixte pouvait être un bénéfice pour une ville comme Karakura, qui possédait déjà une équipe masculine de bon niveau ? C'était certainement aussi pour cela que personne ne voulait perdre le prochain match, pourtant, en regardant ses coéquipiers, Karin voyait tout, sauf une rage de vaincre. D'ailleurs, elle eut à peine le temps de reporter son regard sévère sur ses joueurs qu'elle poussait un nouveau cri, profondément irritée.
 
« Je dois rêver, c'est une blague ? Ogawa, qu'est-ce que tu fais toi aussi ! »
 
          Son interrogation résonnait dans l'air tandis que le fameux Ogawa se relevait péniblement, les jambes tremblantes à cause de l'épuisement. La lycéenne aux cheveux bruns attachés en une longue queue de cheval sembla soudainement remarquer son état physique. Les sourcils froncés, elle porta ses iris d'un sombre gris sur tous les autres membres de son équipe ; les filles, comme les garçons semblaient avoir atteint leur limite. En voyant leur visage couvert de boue, leurs membres pas stables à cause de la fatigue et de leurs yeux brumeux, à cause de ce qui pouvait être des larmes la benjamine des Kurosaki comprit qu'elle les avait trop poussé. Elle s'en voulut immédiatement, elle avait tellement été préoccupée par leurs capacités physiques depuis les derniers jours qu'elle ne s'était pas une seule seconde intéressée de leur condition mentale. Elle faisait un bien mauvais coach ainsi qu'un bien piètre capitaine.
 
« Ok, j'ai compris, c'est tout pour aujourd'hui. » Abdiqua-t-elle en levant les mains en l'air, tandis que sa voix qui sonnait étonnement douce, mélangeant inquiétude et chaleur, atteignait les oreilles de ses coéquipiers qui poussaient un soupir de soulagement, épuisés.
 
          Il ne fallut pas plus que quelques minutes pour que tous les membres de son équipe partent, les uns après les autres, chez eux. Elle les avait encouragé une dernière fois et leur avait fortement recommandé de se reposer avant de les rassurer en leur apprenant qu'ils n'auraient pas entraînement avant deux jours. Ils avaient tellement été heureux à l'entente de cette nouvelle que Karin n'avait pu s'empêcher de sourire, ses dents n'étaient pas dévoilés, mais elle souriait tout de même. En faisant un léger signe de la main à la dernière fille qui quittait le terrain, la brune se demanda comment elle pourrait les remercier, une fois que toute cette aventure sera terminée, à la fin de l'année.
 
          La capitaine remit ses gants sur ses mains, elle avait eu chaud plus tôt en entraînant ses coéquipiers tant elle avait été passionnée, elle ne sentait que maintenant le froid qui s'intensifiait en cette fin de soirée et les gants ne pouvaient être que les bien venus. Elle commença alors à ranger les quatre ballons qu'elle avait amené pour l'entraînement dans son grand filet, ses amis avaient souhaité lui venir en aide, elle s'était contentée de gentiment refuser. Ce soir, elle avait été leur coach et c'était son rôle ; c'était exactement l'excuse qu'elle leur avait fourni, cependant, ce n'était pas la raison principale. En effet, depuis le début de l'entraînement, elle s'était sentie épiée, comme si quelqu'un l'observait, de plus, elle sentait une énergie, un reiatsu si elle ne se trompait pas, pourtant, elle n'arrivait pas à le reconnaître et elle n'était même pas certaine que cela soit celui d'un Shinigami. Elle avait tenté de repérer cette personne en regardant autour d'elle à plusieurs reprises se forçant à rester très discrète, n'y parvenant pas, elle avait rapidement abandonné. Malgré tout, s'il y avait bien une chose qu'elle savait, c'était que cette présence n'était pas hostile, tout d'abord car l'énergie n'était pas sombre comme celle des Hollows et parce que si cette personne avait souhaité attaqué, elle l'aurait fait depuis longtemps. De toute façon, Karin n'avait pas peur pour elle, elle savait parfaitement se défendre que cela soit contre les vivants ou les morts.
 
« Je vois que tu es aussi exigeante avec tes coéquipiers que je le suis avec mes subordonnés. »
 
          L'adolescente sursauta, brutalement arrachée de ses pensées par cette voix dans son dos. Elle réagit rapidement, se tourna vers la personne qui lui avait adressé la parole et se mit en position de combat, prête à en découdre avec son adversaire si c'était nécessaire. Tatsuki lui avait appris quelques prises de karaté pour sa sûreté, prenant la sécurité des s½urs de son meilleur ami très à c½ur. Karin n'avait jamais eu bien peur de se faire agresser dans la rue, sachant que son air renfrogné calmait les possibles agresseurs, mais la pensée de savoir se défendre était apaisante. Cependant, quand elle reconnu la personne qui se trouvait à présent en face d'elle, elle sut qu'elle n'aurait aucunement besoin de se battre ce soir. Celui qui se tenait devant elle était totalement inoffensif et de loin.
 
« Tô... shirô ? » Souffla la brunette, en proie à la surprise.
 
          En effet, devant elle se tenait le capitaine Hitsugaya. Néanmoins, était-ce bien lui ? Il semblait si différent. En effet, ses cheveux étaient moins relevés qu'avant, paraissant beaucoup plus souple et la seule mèche blanche qui lui retombait sur sur le visage était plus épaisse que la dernière fois qu'elle l'avait vu. Son visage était plus mature, montrant qu'il avait vieilli durant les années passées, il ne ressemblait plus à l'enfant qu'elle avait connu, il était un jeune adulte maintenant. Ses yeux d'un bleu turquoise époustouflant la détaillait et la brune rompit rapidement le contact visuel, de peur de ne pouvoir s'en échapper. Une longue écharpe de la même teinte que ses iris couvrait son cou et descendait sur son torse. De plus, elle remarqua, lorsqu'il commença à s'approcher d'elle qu'il avait grandi, il faisait bien une tête de plus qu'elle à présent, ce qui était étrange, parce qu'elle avait toujours été plus grande que lui. La seule chose qui lui était encore réellement familière chez lui était son traditionnel habit noir de Shinigami recouvert par le prestigieux haori blanc, prouvant l'importante position qu'il avait dans la Soul Society.
 
          La benjamine de la famille Kurosaki n'en revenait tout simplement. Que faisait-il donc ici ? La dernière fois c'était quand il avait sauvé, ses amis et elle du Hollow, avant de les aider pour le match de football contre les collégiens. En y repensant bien, cela avait été la première et dernière qu'elle voyait Tôshirô Hitsugaya. Combien de temps cela faisait ? Six ans, n'est-ce pas ? Cela faisait tellement longtemps... et pourtant, elle s'en souvenait comme si c'était hier. Sa rencontre avec le plus jeune capitaine du Gottei treize l'avait profondément marqué, de cela, elle en avait pleinement conscience, elle était donc contente de le revoir après tant de temps.
 
          Une fois la stupeur passée, un immense sourire, comme jamais il n'y avait eu sur son beau visage prit place sur ses lèvres, dévoilant ses dents et remontant tellement ses joues que ses yeux en étaient plus petits. Laissant tomber son filet dans lequel se trouvait un ballon de football, elle combla la distance entre eux deux et prit le charmant jeune homme dans ses bras, dans une étreinte à la fois forte et douce. Elle avait besoin d'être certaine qu'il était bel et bien là, tout comme elle se devait de lui montrer toute l'affection qu'elle avait pour lui. Elle eut à peine le temps de penser au fait que son geste était peut-être déplacé, connaissant le caractère glacial du Shinigami que déjà le capitaine la serrait de la même manière contre lui, ses mains le long sa taille, posant son menton sur sa tête. Karin, comprenant que Tôshirô l'acceptait dans le creux de ses bras, enfonça encore plus profondément sa tête contre son torse, respirant à pleins poumons son odeur fraîche et apaisante.
 
« Taicho ! »
 
          La voix criarde de Matsumoto retentit dans tout le terrain, faisant violemment sursauter la lycéenne et le Shinigami, qui le temps de quelques secondes avaient fait abstraction de leur environnement pour se concentrer sur eux et uniquement eux. Les deux capitaines se séparèrent comme s'ils avaient été pris en flagrant délit en train de faire quelque chose qui était interdit. L'était-ce réellement ? Après tout, ils n'avaient rien de mal. Les joues rosés et un sourire béas aux lèvres, ils n'osèrent se regarder dans les yeux par honte et pudeur, ne sachant comment l'autre allait réagir. Six ans avaient passé et ils savaient qu'ils n'étaient rien d'autres que des étrangers l'un pour l'autre. Étonnement, la femme qui avait ruiné leur moment intime fut celle qui les sauva de cette étrange et gênante situation lorsqu'elle arriva aux côtés de son supérieur.
 
« Taicho, j'ai bien cru que j'allais vous perdre, qu'est-ce qui vous a pris de... »
 
          Comme à son habitude, Matsumoto était bruyante et ses plaintes arrachaient les tympans de la lycéenne et du dieu de la mort. Voyant que Tôshirô ne lui apportait aucune attention, elle prit une mine vexée et attrapa le bras de son capitaine pour le plaquer contre elle, entre ses deux seins. Il allait forcément réagir parce qu'il détestait quand elle faisait cela, il était loin d'être intéressé par sa subordonnée donc toucher son « énorme poitrine » pour le citer, le révulsait. Remarquant qu'elle n'avait toujours pas le droit à un moindre regard, réplique ou réaction, la surprise se lut sur son visage et ce ne fut qu'en regardant autour d'elle qu'elle comprit pourquoi. Leur petite escapade sur Terre s'annonçait des plus intéressantes. Rangiku reprit rapidement son assurance et un sourire mesquin se dessina sur ses lèvres pulpeuses.
 
« Oh, mais ça ne serait pas la petite s½ur de Ichigo ? S'extasia-t-elle en lâchant le détenteur de Hyorinmaru pour s'approcher de la brune. Karin, c'est ça ? Interrogea-t-elle en lui saisissant avec force les épaules tout en la regardant sous toutes les coutures, en passant du visage aux cheveux et si elle avait pu, elle l'aurait déshabillé pour voir son corps. Comme tu as changé, tu es devenue très jolie, n'est-ce pas Taicho ? »
 
          Cette question venant de sa vice-capitaine était loin d'être innocente et le Shinigami aux cheveux blanc le savait pertinemment. Une fois de plus Matsumoto se mêlait de tout, sauf de ses affaires. Tentant ardûment de garder son calme, Tôshirô poussa un profond soupir avant de pincer l'arrête de son nez, un jour, elle allait le tuer, de cela, il en était certain. Cependant, il ne pouvait nier ce que la rousse à la forte poitrine venait de dire, il était vrai que Karin Kurosaki était devenue très belle pendant ses six années qu'il avait passé loin d'elle. Ses cheveux étaient plus longs, ils étaient en ce moment même attachés et lui arrivait au milieu du dos, il ne serait donc pas étonné qu'ils tombent à présent sur ses hanches une fois libres. Les traits de son visage étaient bien plus dessinés et plus féminins qu'il y à six ans, elle avait dix-sept ans s'il ne se trompait pas et elle était plus proche du statut de jeune femme que d'une enfant. Il avait toujours trouvé ses yeux très expressifs, pour lui, seuls ses iris d'un magnifique gris foncé montraient les vraies pensées et émotions de Karin et pas son visage, qu'elle se forçait toujours à garder neutre, pour paraître plus forte. Pourtant, il avait remarqué que les barrières qu'elle possédait étant plus jeune s'étaient quelque peu effritées avec le temps, en effet, il l'avait observé pendant tout son entraînement et elle lui avait semblé plus énergique et passionnée. Cela faisait plaisir à voir et le capitaine de la dixième division, devant ce spectacle, s'était permis de tomber, une nouvelle fois, pour la belle brune au grand c½ur malgré les apparences.
 
« Bon, bien sûr, il lui manquerait peut-être un peu de poitrine, on ne peut rien deviner sous ce gros manteau, n'est-ce pas Taicho ? Demanda encore Rangiku, sachant pertinemment que sa répliqua allait mettre les deux jeunes gens en face d'elle mal à l'aise.
-Matsumoto-san, voyons. »
 
          La protestation de Karin était d'une froideur glaciale, alors qu'elle protégeait son torse, peu gonflé certes, à l'aide de ses bras, empêchant ainsi les mains trop aventureuses de la vice-capitaine de s'y faire une place. La lycéenne était toute rouge, à la fois de colère et de gêne. En colère parce qu'elle avait très clairement voulu la peloter et gênée parce que tout ceci se passait devant Tôshirô. Malgré tout, elle n'avait pas osé frapper la rousse pour la remettre à sa place, elle se serait autorisée à le faire si cela avait été Rukia par exemple, même si la noble en était tout bonnement incapable. Sauf qu'elle ne connaissait pas assez la vice-capitaine de la dixième division pour faire cela. De plus, qu'en aurait pensé le Shinigami, il ne lui en aurait certainement pas voulu d'avoir levé la main sur sa subordonnée pour sa propre défense, cela l'aurait même soulagé qu'elle puisse le faire pour lui. Pour autant, qu'en était-il de ce genre de comportement pour une adolescente, elle était une fille après tout, cela n'aurait-il pas été déplacé ? Dieu ! Depuis quand se souciait-elle de ce genre de détails ? Ce n'était pas du tout son genre de se soucier des regards des autres ou de ce que l'on pouvait penser d'elle. Malheureusement pour elle, Tôshirô n'était pas n'importe qui et son avis comptait, même si elle ne voulait pas l'admettre.
 
« Que faîtes-vous ici de toute façon, ce n'est pas plutôt à la treizième division de s'occuper des problèmes sur Terre ? »
 
          Karin changeait brutalement de sujet avec son intervention, mais elle espérait que ainsi, Rangiku arrêterait de vouloir lui toucher la poitrine, cela en devait plus que gênant.
 
          Ce n'était pour autant pas la seule raison, en effet, la brune ne pouvait réprimer un sentiment d'anxiété de naître en elle, même si elle ne laissait rien paraître devant les dieux de la mort. La lycéenne était loin d'être bête et même si elle avait toujours été tenue à l'écart des combats, elle savait que quand un capitaine se déplaçait, ce n'était pas bon signe. Ils avaient une place importante à la Soul Society, la plupart du temps, ils envoyaient leurs subordonnés sur le terrain et lisaient les rapports, les voir en dehors du Gottei treize était assez exceptionnel, alors dans le monde des humains. L'inquiétude avait monté d'un cran à l'intérieur de l'adolescente quand elle avait compris que ce n'était pas au rôle de Tôshirô d'intervenir sur Terre, si un capitaine devait venir sur Terre, ça serait celui de la treizième division, si le capitaine Ukitake avait été remplacé après la guerre contre les Quinzy. Et même si Karin était contente de revoir le détenteur de Hyorinmaru après six longues années, elle ne pouvait s'empêcher de penser que sa présence était annonciatrice de mauvaises nouvelles. Pas une autre guerre, c'était tout ce qu'elle souhaitait ou qu'au moins, la Soul Society ne demande pas d'aide à son grand frère. C'était égoïste, elle le savait, mais elle ne voulait pas le retrouver mort, battu par un ennemi trop fort. Ichigo faisait encore partie des vivants et elle aimerait qu'il le reste, au moins jusqu'à ce qu'il ait atteint le centenaire.
 
« Taicho, est-ce que ça veut dire qu'elle n'a pas envie de nous voir la petite Kurosaki ? Si seulement elle savait à quel point elle vous, elle nous a manqué ! S'indigna la rousse en cessant ses tentatives pour toucher la poitrine de l'adolescente, préférant passer ses bras sous les siens et bouder, gonflant ses joues, fronçant ses sourcils et regardant autre part.
-Nous devions rendre visite à Urahara pour parler stratégie militaire et en passant nous t'avons aperçu, expliqua d'un ton égal à lui-même Hitsugaya, alors que la brune savait qu'ils ne s'étaient pas arrêtés par hasard. Il était évident que le Shinigami était celui qu'elle avait senti durant tout l'entraînement.
-Vous loger chez Orihime-nee je suppose ? Avança l'adolescente en reprenant son activité, qui consistait à ranger les ballons de football dans le filet, ne pouvant se permettre de prendre plus de retard, elle était attendue chez elle.
-Oui ! »
 
          L'exclamation de Matsumoto fut bruyante, comme tout ce que faisait la vice-capitaine de la dixième division, mais sa réaction fit presque décrocher un fin sourire à Karin, elle était tellement pleine d'entrain que l'on finissait par suivre le mouvement. La rousse souriait fortement et ses yeux pétillaient de joie, elle était sincèrement heureuse de revoir Inoue et cela ne pouvait que réchauffer le c½ur de Karin. La princesse était une personne exceptionnelle et elle ne méritait que des personnes qui tenaient à elle à ses côtés.
 
          Même si l'université était assez éloignée, Orihime n'avait pas pris d'appartement, au contraire de Ichigo et revenait tous les soirs à Karakura. Elle avait toujours dit qu'elle ne pouvait se permettre de payer deux appartements et qu'elle ne pouvait se séparer de celui ici, sous prétexte qu'elle n'aurait nul part pour dormir quand elle reviendrait pour les vacances. En réalité, la belle brune savait qu'elle était bien trop attachée à son appartement et à la ville pour les abandonner, même provisoirement. De plus, Ichigo l'invitait souvent dans son appartement, pour éviter qu'elle soit trop fatiguée, une fois encore, Karin savait qu'il l'invitait principalement pour qu'ils puissent avoir une vie de couple et surtout un minimum d'intimité, ce qui était loin d'être toujours évident.
 
« C'est très gentil de sa part, commenta la jumelle de Yuzu rangeant le dernier ballon dans le filet, alors qu'elle se retenait d'ajouter que c'était typiquement la personnalité de la belle aux yeux gris, elle donnerait ce qu'elle ne possédait pas si elle le pouvait.
-C'est tellement dommage qu'elle soit pas là tous les soirs ! Enfin, les garçons vont donner vie à sa maison quand ils-
-Matsumoto, Inoue nous a fait confiance en nous laissant son appartement, je veux que personne ne vienne et que rien n'y soit fait dedans, on est d'accord ? L'interrompit sévèrement Tôshirô, sa veine sur la tempe droite commençait déjà à pulser et Karin se retint difficilement de rire : il n'avait pas changé.
-Mais, Taicho ! S'écria la vice-capitaine de la dixième division comme s'il venait de lui annoncer la fin du monde et encore, la brune n'était même pas certaine qu'elle serait dans cet état, c'était comme s'il venait de la priver de saké et c'était, en quelque sorte, le cas.
-Passez donc à la maison, le vieux sera de vous revoir, après toutes ces longues années, intervint calmement la lycéenne, sachant que la situation pouvait rapidement dégénérer avec ces deux-là, alors qu'elle commençait déjà à partir, prenant la direction de sa maison.
-Oh oui Taicho, ça fait une éternité que je n'ai pas vu capitaine Shiba ! S'exclama à nouveau Rangiku et la benjamine de la famille Kurosaki se demanda si elle savait s'exprimer autrement qu'en haussant le ton. On y va Taicho, décida-t-elle en prenant le bras de Toshiro contre ses seins et en suivant la plus jeune. Décidément, la rousse était un vrai phénomène.
-Pas très longtemps, nous devons tout de même rendre visite à Urahara. »
 
          Le capitaine de la dixième division venait à nouveau de céder à sa subalterne en un profond soupir, pourtant, le léger sourire qui régnait sur ses lèvres n'échappa pas aux yeux observateurs de Karin ; lui aussi était content de revoir la personne qui avait été, un jour, son supérieur. L'adolescente laissa son esprit s'égarer, perdant progressivement le fil de ce que l'amatrice de saké racontait. Elle se demanda comment son père était, quand il était capitaine à la Soul Society, avait-il toujours été comme ça, aussi énergique, bruyant et gênant ? Elle n'en doutait pas un seul instant. Elle imaginait aisément le bazar que devait être la dixième division avec un capitaine et une vice-capitaine aussi irresponsables l'un que l'autre. Elle trouvait cela dommage que son père ne parle jamais de cette époque, elle avait pourtant tenter d'en savoir plus, voulant satisfaire sa curiosité, mais jamais il n'avait céder et conter ses jours à la Soul Society. Et Karin n'arrivait pas à savoir pourquoi il voulait garder cette partie de sa vie si secrète.
 
          Elle s'imagina un instant à quoi pouvait bien ressembler la Soul Society. Elle n'y avait jamais été après tout, au contraire de son frère et de ses amis. Orihime-nee la lui avait vaguement décrite : elle savait que les bâtiments étaient semblables à ceux du Japon pendant l'air d'Edo et après avoir entendu Rukia parler en vieux japonnais, elle n'en doutait pas réellement. Au delà de l'architecture des maisons, elle aimerait savoir ce qu'était une vie à la Soul Society, on pouvait aisément la comparer à l'idée qu'on se faisait du Paradis, l'était-ce ? Y avait-il une sorte de classification des âmes ? Comme le Paradis et l'Enfer chez les chrétiens ou les Champs Élysées et le Tartare pour les grecs ? Karin avait toujours été de nature curieuse et ne pas en savoir plus sur le Soul Society la peinait, malgré tout, un jour et le plus tard serait le mieux, elle le saurait, n'est pas ?
 
« Tout va bien Karin ? »
 
          La voix de Tôshirô à son oreille la fit soudainement revenir sur Terre. En se reconnectant à la réalité, elle remarqua qu'elle ne trouvait plus très loin de la clinique, elle avait réfléchi pendant tout ce temps ? Le capitaine Hitsugaya se tenait à côté d'elle, il était très près, leurs épaules se frôlaient et la brune comprit pourquoi sa voix lui avait semblé si proche. Maintenant qu'elle l'observait en détails, elle ne pouvait dénier le fait qu'il était incroyablement beau et bien plus que dans ses souvenirs. Tôshirô était l'incarnation d'une beauté glaciale et pourtant attrayante. Ses grands yeux turquoise la détaillait avec intérêt et une certaine avidité, son regard avait toujours été particulièrement expressif, comme celui de son frère. Ces deux-là se ressemblaient bien plus qu'ils ne voulaient l'avouer et derrière leur froideur extérieure se trouvait une chaleur que seuls leur yeux pouvaient communiquer. À cet instant, Karin aurait pu plonger dans ses billes turquoise sans avoir peur une seule seconde de se noyer. Ses cheveux blancs, eux, se mouvaient au rythme de ses pas. L'adolescente s'était toujours demandée s'il avait fait une teinture, étant pleinement consciente que ce n'était une couleur habituelle, malgré tout, elle avait toujours eu envie de passer ses fins doigts dedans. Fondraient-ils comme la neige au soleil sous la chaleur de sa peau ? Elle ne pouvait pas non plus oublier ses lèvres qui laissaient échapper une légère brume à chaque fois qu'il expirait. Elles étaient petites, mais rosées, si bien qu'elles contrastaient avec le reste de son visage, extrêmement pâle. Comprenant qu'elle les fixait depuis bien trop longtemps, elle remonta au niveau de ses sourcils éternellement froncés, comme ceux de son frère et cette comparaison la fit doucement sourire. Ils se ressemblaient décidément trop. Pourtant, elle trouvait que cela lui donnait un charme, au contraire de son crétin de frère, elle se souvint de lui avec cet air renfrogné six ans plus tôt et son sourire ne put que s'étendre sur son beau visage. Ses joues, tout comme ses lèvres, ressortaient, rosies à cause du froid hivernal, elles lui donnaient un charme qu'elle ne lui avait jamais connu, elle le rendait plus humain, plus vivant et moins de glace. Elle avait raison. Une divine beauté glaciale. Voilà ce qu'il était. En avait-il seulement conscience ?
 
« Oui oui, j'étais simplement dans mes pensées, lui répondit-elle bien trop longtemps après, un léger rouge apparaissant sur ses joues pendant qu'elle enfonçait plus profondément sa tête dans son écharpe, tentant de retrouver un minimum de contenance.
-À quoi pensais-tu ? Questionna-t-il à nouveau et ses yeux dévoilaient tout l'intérêt qu'il lui portait. Jamais il n'avait eu ce comportement lors de leur rencontre, six ans avaient passé et à quel point les choses avaient changé entre eux ?
-À la Soul Society, je me demandais bien à quoi cela pouvait ressembler, je veux dire, la vie là-bas, répondit-elle honnêtement un léger sourire sur le visage à l'idée d'imaginer Tôsihrô enfant, avant de devenir Shinigami.
-Elle ressemble bien plus à la vie humaine que tu ne pourrais t'y attendre, l'informa le capitaine calmement avant de marquer une pause et Karin crut qu'il n'allait jamais continuer. Ne t'en préoccupes pas maintenant, tu as encore toute la vie devant toi, n'est-ce pas ? » Lui souffla-t-il en replongeant son regard dans le sien, un sincère sourire accroché à ses lèvres.
 
          L'adolescente hocha la tête sans être capable d'articuler un seul mot. Quelque chose avait décidément changé entre eux. Et elle le savait par son c½ur qui battait à toute allure et ses joues qu'elle sentaient rougir. Si seulement elle pouvait mettre le doigt sur ce qui avait exactement changé, mais elle n'avait jamais été douée quand il était question de sentiments et ce, depuis toujours. Même si en grandissant elle s'était ouverte et ses murs s'étaient affaiblis elle semblait encore bien étrangère aux profondes relations humaines. Ce fut dans le silence que le reste du chemin se fit, le dieu de la mort aux cheveux blancs était toujours aussi proche d'elle, lui qui était toujours si réticent au moindre geste qui transmettait une quelconque émotion. Elle l'avait remarqué six ans auparavant et les dires de Orihime ou de Rukia à son sujet n'avait fait que soutenir ce que la belle brune pensait. Il pouvait s'en passer des choses en six ans, quel avait été le déclic pour que Tôshirô ne soit plus si « froid », et si on restait dans le même registre, il semblait même « chaud » à l'heure actuelle. En sentant leur main s'effleurer, Karin hésita un instant à saisir la main de celui qu'elle pensait être son ami, comme tous les membres de la famille Kurosaki (excepté Yuzu), elle fonctionnait à l'instinct et c'était ce que ce dernier lui criait. Pour autant, elle ne fit rien, se contentant de se concentrer sur le paysage enneigé autour d'elle, qui semblait encore plus beau qu'auparavant, comment cela pouvait-il bien être possible ?
 
« Bon retour à la maison Kariiiiin-chan ! Hurla Isshin en voulant sauter sur sa première fille qui rentrait enfin à la maison tandis qu'elle l'esquivait avec une facilité déconcertante.
-Yo le vieux, le salua-t-elle en continuant son chemin comme si rien ne s'était passé.
-Capitaine ! »
 
          Le cri de Matsumoto résonna dans toute la maison tandis que la femme courrait vers son ancien supérieur, enroulant ses bras autour de sa nuque, le coinçant entre sa poitrine pour une longue étreinte, ne se préoccupant pas du fait qu'elle lui coupait sans ménagement la respiration. Quelques secondes suffirent au père de famille, pour se dégager de l'emprise de la vice-capitaine de la dixième division. Reprenant son souffle, il s'époumona à son tour en prononçant le prénom de ce la personne qui avait été son lieutenant, la prenant immédiatement dans ses bras pour la faire virevolté dans les airs. La rousse riait comme jamais Karin ne l'avait entendu rigoler, tous les deux semblaient briller tellement ils étaient contents de se revoir. Vingt ans, cela devait être affreusement long.
 
          Le temps d'un instant, elle s'imagina à la place de Matsumoto et Tôshirô à la place de son père, auraient-ils eu le même comportement ? Brillaient-ils de la même manière tout à l'heure, pendant qu'ils se serraient l'un contre l'autre après avoir passé six ans éloignés ? Cette image la fit doucement rêvé, c'était une pensée agréable, si bien que même le fait qu'elle n'arrivait pas à savoir pourquoi elle était secouée par de tels sentiments n'arrivait pas à teinter de noir cette image.
 
« Capitaine Shiba. »
 
          La salutation de son ami était solennelle, montrant ainsi tout le respect qu'il éprouvait encore pour cet homme. Après tout, ce dernier avait déserté la Soul Society et s'était marié avec une Quincy, qui étaient loin d'être des alliés des Shinigamis, puis Tôshirô avait repris le poste qu'occupait son père. Cela n'avait pas dû être facile pour le manieur de Hyorinmaru ; perdre son capitaine et avoir à la fois le privilège et le malheur de devoir être son successeur. Le large sourire ne quitta pas le visage tiré par la fatigue et la vieillesse de Isshin, alors qu'il posait sa main sur l'épaule du jeune homme qui avait bien changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu. Les lèvres du capitaine s'étirèrent elles aussi, même si cela restait bien plus discret, Karin put observer à quel point il semblait heureux de pouvoir revoir le chef de la famille Kurosaki.
 
« Capitaine Hitsugaya. »
 
          Cela avait été au tour de Isshin de prendre ce ton sérieux que la belle brune ne lui connaissait presque pas. Pourtant, elle savait ce qu'il signifiait, son père montrait lui aussi tout son respect envers le Shinigami aux cheveux blancs. Puis soudainement, ils semblèrent tomber dans les bras l'un de l'autre. Ils se serraient avec une telle force que la footballeuse eu l'impression que l'un des deux allaient s'évanouir. Elle chercha immédiatement le regard de Matsumoto pour savoir si c'était normal, il était vrai qu'elle ne sentait pas une once de méchanceté dans leur comportement, mais les deux étaient tellement imprévisibles qu'elle voulait s'en assurer. Elle ne croisa pas les beaux yeux de la rousse, elle la vit simplement pleurer silencieusement devant le spectacle qui réunissait, en partie, les personnes qu'elle aimait le plus au monde. Karin hésita à amorcer un pas en sa direction, ne sachant pas si elle devait la réconforter ou la laisser évacuer toute sa joie. La benjamine de la famille Kurosaki n'eut pas plus de temps pour réfléchir, car déjà, la vice-capitaine venait rejoindre les deux hommes dans leur embrassade, le transformant en un câlin groupé. La lycéenne ne pouvait pas imaginer et réellement comprendre le lien qui pouvait les lier, qui pouvait lier un capitaine et ses subordonnés, mais elle se sentait honorer de pouvoir assister à ses retrouvailles.
 
« Papa, que se passe-t-il ici, pourquoi cris-tu et tends-tu les bras dans le vide ? »
 
          La douce voix de Yuzu brisa la magie du moment sans s'en rendre compte. Malgré les années qui avaient passé le reiastu de la plus jeune de la famille Kurosaki n'avait pas évolué contrairement à celui de Karin ou de Ichigo. En effet, cette dernière ne voyait toujours que les contours indéfinis des esprits, de ce fait, elle avait été tenu à l'écart de ce qui s'était passé dans la vie de son grand frère et de son père. Pourquoi l'embêter avec quelque chose qu'elle ne pourrait jamais réellement comprendre ? Elle se faisait déjà bien assez de soucis comme cela pour sa famille. Il était évident que Yuzu avait vu les contours des deux Shinigamis, mais qu'elle n'avait pas osé le dire, n'acceptant toujours pas cette partie d'elle. L'adolescente aux cheveux châtain continua de descendre les escaliers qui menaient au salon-cuisine-entrée, les sourcils légèrement froncés tandis que les trois dieux de la mort s'étaient séparés.
 
« Tu sais bien comment est le vieux Yuzu, il a toujours été bizarre, on va faire à manger, d'accord ? Intervint rapidement Karin, comprenant rapidement que son père avait la bouche cousue pour une raison qu'elle n'arrivait pas à deviner.
-Euh, oui, bien sûr, pour une fois que tu m'aides Karin-chan ! »
 
          L'exclamation de celle qui avait hérité de la douceur de Masaki retentit dans toute la maison, c'était l'une des premières fois que la capitaine de l'équipe mixte de football l'entendait crier de cette manière. Yuzu semblait déborder de joie, après tout, ce n'était pas souvent qu'elles passaient réellement du temps ensemble, sans personne pour venir les déranger (elle sous-entendait bien évidemment son père et Kon). Ses yeux pétillaient comme le diamant sous la lumière et elle saisit avec force la main de sa jumelle et la traîna dans la cuisine en trottinant. En un dernier regard vers les Shinigamis, elle croisa les iris brillantes de bienveillance de son père pendant que sa bouche formait un « merci » inaudible. Elle tomba ensuite rapidement sur le fin sourire de Tôshirô qui avait à présent les bras croisés contre son torse, la lycéenne se souvint qu'auparavant il utilisait cette pose pour se grandir et être plus imposant, sa taille ne lui permettant pas de l'être. À présent, cette posture le rendait presque terrifiant, si bien qu'elle était à l'opposé du léger sourire qu'il lui envoyait. Décidément, le capitaine de la dixième division semblait avoir bien changé.
 
« Qui étaient ces deux esprits dont papa semblait si proche ? »
 
          La question sortit rapidement de la bouche de Yuzu alors que les deux filles de la famille Kurosaki venait à peine de rentrer dans la cuisine. Karin aurait dû s'y attendre, sa jumelle était elle aussi bien curieuse et même si elle avait prétendu ne rien voir devant les morts et Isshin, elle avait très bien remarqué le comportement qu'ils avaient eu entre eux. En réalité, la petite était descendue dans le but de demander aux membres de sa famille ce qu'ils voulaient manger et du haut des escaliers elle avait vu sa s½ur rentrer à la maison suivit des deux invités. Jamais elle n'avait vu son père aussi sincèrement heureux et elle avait été jalouse d'elle, jalouse de cette femme que son père avait fait tournoyer dans le salon, un sourire béas accroché aux lèvres.
 
          Elle ne les connaissait pas, au contraire de Karin et de son père, et elle ne serait même pas étonnée si Ichigo lui aussi les connaissait. Yuzu était loin d'être bête et elle savait que cela avait un rapport avec cette capacité que tous les membres de la famille possédait, sauf elle. Pourquoi ? Son don à elle était très réduit, si bien qu'elle ne voyait que les contours des âmes. Elle se sentait mise de côté à cause de cela et s'en voulait de ne pas pouvoir être comme le reste de sa famille. Elle ne partageait pas ces aventures avec eux et ils ne le leur racontaient pas réellement non plus. Ils ne voulaient pas l'inquiéter et elle pouvait parfaitement le comprendre, mais elle avait parfois l'impression de ne pas faire totalement partie de sa propre famille. Elle avait très bien vu comment ce don avait rapproché Ichigo de son père, puis quelques années après Karin de Ichigo, de son père et même de Orihime Inoue, qui semblait elle aussi voir les âmes. Alors pourquoi pas elle ?
 
« Je, Yuzu, commença à répondre la brune, hésitante, ne sachant pas ce qu'elle pouvait lui dire sur les deux Shinigamis.
-S'il te plaît Karin. Je ne demande jamais rien concernant cette partie de votre vie, à papa, onee-san et toi, alors pour une fois, s'il te plaît, réponds-moi, la supplia sa propre petite s½ur, les larmes aux yeux. Cela lui brisait le c½ur de voir Yuzu dans cet état et elle savait que parfois elle se sentait mise de côté, mais ils faisaient tous cela pour la protéger et uniquement pour cela.
-Bien, mais que le strict minimum et tu ne poses aucune question après mon explication, d'accord ? Je ne veux pas te voir impliquer dans ce monde, tu n'en tiras jamais rien de positif, du moins, tant que tu seras encore vivante.
-Bien, acquiesça la lycéenne aux cheveux châtains devant le ton sans appel de sa jumelle. Je t'écoute.
-Les deux âmes étaient le capitaine Hitsugaya Tôshirô de la dixième division et Matsumoto Rangiku, sa vice-capitaine. Ce sont tous les deux des Shinigamis, comme Ichi-nii. Papa les connaît et ne les avait pas vu depuis très longtemps, d'où leur engouement. C'est tout ce que tu as besoin de savoir, expliqua rapidement la benjamine de la famille Kurosaki sans jamais rentrer dans les détails, les humains ne devaient normalement pas être au courant de ce qu'il y avait après ma mort.
-Et-, commença rapidement la plus jeune, souhaitant déjà posée une question. Karin ne pouvait pas réellement le lui reprocher, elle aussi à sa place aurait souhaité en savoir plus, mais les lois de la Soul Society et la sécurité de sa petite s½ur étaient primordiales.
-Tu te souviens de ce qu'on avait dit ? »
 
          Yuzu baissa tristement la tête, exprimant un léger signe de soumission envers les paroles de son aînée. La footballeuse prit soudainement la belle au tendre c½ur dans ses bras pour une étreinte qui lui montrait à quel point elle l'aimait et toute sa compassion qu'elle ressentait pour elle. Auparavant, elle aurait tout donné pour être à la place de Yuzu et n'avoir aucune pression spirituelle de façon à ne voir ni les âmes errantes, ni les Hollows. Aujourd'hui, elle ne voudrait pour rien au monde être à la place de la plus gentille personne qu'elle connaisse sur cette Terre. Elle avait fini par accepté le riatsu qui venait de ses parents et avait tenté de l'utiliser au mieux, aidant humains et animaux qui erraient à la recherche d'un peu de paix dans cette vie après la mort. Elle ne pouvait certes pas les purifier, n'étant pas une Shinigami, mais elle appelait toujours son frère, son père ou l'un des Shinigamis qui surveillait la ville pou lui venir en aide. Ce n'était pas suffisant à son goût, mais c'était toujours cela. Le temps d'un instant, elle crut que sa jumelle allait craquer dans ses bras et pleurer à chaud de larmes, en effet, elle la sentit trembler contre elle et être prise de soubresauts, mais il n'en fut rien. Lorsque le visage rayonnant de Yuzu apparut devant ses yeux, Karin sut qu'elle avait pris la bonne décision.
 
--------------------

 

Tags : Two Shot - Bleach - Hétéro - Kurosaki Karin & Hitsugaya Tôshirô

Leave a comment

We need to verify that you are not a robot generating spam.

See legal mentions

Don't forget that insults, racism, etc. are forbidden by Skyrock's 'General Terms of Use' and that you can be identified by your IP address (54.80.93.19) if someone makes a complaint.

Comments :

  • Stories-of-Saya

    12/03/2018

    Hey! Tu vas bien ? Je voulais juste te prévenir que je ferai une critiques sur ton TS dès que j'aurais fini ma lecture :D
    bonne soirée ;)

  • PLS-Repertory

    08/01/2018

    Bonjour^^

    Déjà pour commencer je te souhaite une bonne année !
    Pardon du temps que nous avons mit mais voilas ton inscription à était validé^^
    voici ta fiche.

    http://pls-repertory.skyrock.com/3287652426-Baby-it-s-cold-outside-De-BringMeBackHome.html

    Nous espérons que cela te plais et n'hésite pas à venir pour toute modifications.

    A bientôt ^^
    L'équipe de PLS

  • MangaNoSekai

    27/12/2017

    Bonsoir,

    Merci beaucoup de ta compréhension ! Je suis contente que les fiches te plaisent !
    Merci à toi de nous avoir rejoint ;)

    Bonne fin de journée !

    -Hak-

  • MangaNoSekai

    27/12/2017

    Bonjour ^^

    Désolée pour le temps que ça a prit, mais nous avons fini vos fiches !

    Voici la fiche auteur : http://manganosekai.skyrock.com/3306115390-Fiche-auteur-BringMeBackHome.html
    Voici la fiche de l'écrit : http://manganosekai.skyrock.com/3306116220-One-Shot-n-15-Baby-it-s-cold-outside.html

    Votre inscription était parfaite, il ne manquait rien ! Merci beaucoup de vous être inscrit chez nous ^^

    J'espère que les fiches vous plaisent ! S'il manque quoi que ce soit, ou qu'il y a une erreur, n'hésitez pas à nous le signaler !

    Merci encore et bonne fin de journée ^^

    -Hak-

  • Tokyo-city-repertory

    26/12/2017

    Tout ce que je t'ai dit là, je l'ai repris un peu en commentaire sur l'article de ton écrit et j'ai complété un petit peu car j'avais oublié de te glisser mon conseil ^^
    http://tokyo-city-repertory.skyrock.com/3306039030-BABY-IT-S-COLD-OUTSIDE-One-shot-de-BRINGMEBACKHOME.html
    Voilà tout! Je te Resouhaite bonne continuation et à très vite *^*
    #Touka

  • Tokyo-city-repertory

    26/12/2017

    Re!!!!
    Je reviens vers toi - non pas avec le blog Tokyo-city-repertory mais - avec mon autre blog car j'avais quelques petits trucs à faire!

    Je ne sais pas par où commencer tellement j'ai de choses à dire! Bon, on va y aller au filing et on verra...

    C'est un sacré One-shot que tu exposes ici, et j'avoue que c'est le record des OS les plus longs de mon répertoire! xD Je crois que je l'ai lu en 2h si je ne me trompe pas :') C'est aussi mon premier Os lu sur Bleach, et cela me change bien de la routine x3
    Par ci par là deux trois fautes ou un oubli de mot mais comme on est dans le bain on comprendre très vite ce qui voulait être dit d'origine.
    Ensuite... concernant le texte, la description est tellement présente que cela te fait faire un roman en un texte! En tout cas, tu intègre une façon de penser omnisciente, et c'est pas souvent que j'en ai lu, et encore mois de cette qualité! On peut sentir ce que sent Karin du début à la fin, en passant par ses interrogations et ses moments de joie comme de tristesse. Avec ta façon d'écrire, cela nous plonge dans la tête, non plutôt dans l'âme du personnage qui pense tout au long de l'histoire, ce qui permet de communiquer des sensations comme l'attendrissement ( me concernant ). Tout au long de l'histoire j'ai essayé de me mettre à la place de Karin pour mieux la comprendre, et ce n'était pas compliqué grâce à toutes les pensées et les actes décrits dans l'histoire.
    BON j'avoue que j'y ai aussi pris un malin plaisir car comme je te l'ai dit avec mon autre compte un peu plus tôt dans la journée, j'ai un petit ( ... gros? ) faible pour le shinigami en question de cette histoire. J'avoue avoir eu un peu de mal à l'imaginer en version adulte car je ne suis pas très avancée dans l'histoire du fandom, mais je suis conquise à 100% de ta plume sur ta version de Toshiro! On reconnait parfaitement que c'est lui par son caractère au début très froid, et ensuite tu le décris avec une telle douceur que cela me mettait sur mon nuage jusqu'à la fin de ton Os! Tu me mettais un peu face à un rêve que j'ai avec lui en fait ( mais chut car c'est secret! xD ) car tu me le décrivais avec des mots comme moi je me l'imaginais dans ma tête avec des images, c'est très troublant d'ailleurs.....

    ENFIN.. Je crois avoir fait le tour...
    Excuse moi pour ce pavé gigaaaaantesque que je te fais là, mais je ne le fais pas qu'à toi c'est courant que j'en fasse xD Tout ça pour en gros te dire que c'est un SUPERBE écrit! Tu n'as pas à douter de toi car tu as une façon de faire qui t'est propre et grâce à ça et un peu de français bien formulé, on arrive à cette oeuvre ( oui je le dis ;) ) que tu nous postes ici!!! Continue comme ça, franchement! Personnellement, j'ai du mal à voir un auteur faire encore mieux que ça, mais je pense que si tu persistes, tu pourras atteindre des sommets que je suis pas aptes d'imaginer!

    Merci d'avoir pris le temps de lire ce petit pavé ( comparé à ton Os hein ;P ), je me répète mais ceci n'est pas un caca en quoi tu dois être angoissée pour le fait de plaire au public! Certe la longueur est tellement conséquente que tu peux facilement faire peur xD Mais pour certains ( comme toi ) c'est un atout! Je te souhaite une excellente continuation sur cette voie!

    Et j'espère à très vite *^*
    #Touka de Tokyo-city-repertory

Report abuse